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Séparations – Michel Diaz (sept. 2009)

SéparationsSEPARATIONS, nouvelles, Editions L’Harmattan (septembre 2009),
ISBN: 978-2-296-09048-4, 20 euros

Introduction au recueil :

“Nous ne vivons que de séparations. Comme autant de mutilations successives. Même salutaires. D’amputations. De quelqu’un, de quelque être, ou de quelque chose, qui a fait partie de nous-mêmes, s’est détaché de nous… de quelque chose qui, peut-être bien, n’a jamais été là…

Et chaque fois, plus rien ne sera jamais comme avant. Il nous faut tout recommencer – ou presque. Réapprendre à durer dans un temps où l’absence et ses cicatrices impulsent dans nos souvenirs leur lancinement de membres fantômes.

D’ailleurs, quelque chose manque, toujours, à tout ce que nous essayons de vivre, de dire, d’écrire…

Quelque chose qui nous maintient, perpétuellement, aux limites du désespoir, tandis que tout s’en va, que la vie glisse, indifférente, et s’éloigne de nous.

Quelque chose qui est de la nuit dans la nuit de la blessure d’être. Une absence dont rien, jamais, ne peut nous consoler. Mais un espace en creux d’où convergent tous les chemins qui s’offrent à notre salut pour nous permettre d’avancer, un peu plus loin, vers ce que nous avons à vivre, à dire, ou à écrire… Un peu plus loin, toujours, vers le plus secret de nous-mêmes…

Et que nous n’atteignons que quand nous sommes séparés de tout.”

M. D.

 

Quatrième de couverture :

Treize nouvelles, écrites à Tours, et dont la plupart évoquent la ville en arrière-plan, déclinent, chaque fois différente, une situation de séparation, de rupture: couples en déliquescence, amants en mal de mots, mère et fils en souffrance… Explorant ces situations a priori banales, mais qui basculent peu à peu dans l”inattendu, ces textes disent l’amertume du bonheur, les amours blessées, les sanglots sans larmes, la difficulté d’être qui fait tout l’être… “Nous ne vivons que de séparations”, écrit l’auteur dans sa préface, posant sa phrase comme un postulat.

Séparations autour desquelles cependant nous nous (re)construisons. Car il nous faut continuer à vivre. Malgré tout. Enfin, l’humour diffus qui imprègne cette écriture, noir aussi quelquefois, ou même burlesque, la dédramatisant souvent, y ajoute la justesse d’une émotion qu’elle distille avec pudeur.

Extraits de texte :

(Au cours d’une randonnée, le narrateur vient de traverser, avec son chien Léo, un village abandonné de Lozère, aux trois-quarts ruiné)

”… Après tout, je pourrais acheter une de ces ruines, je lui ai dit. La retaper sommairement. L’aménager avec une paillasse, une vieille table, une chaise, une planche où poser des livres… Qu’est-ce que tu en penses?… Un village fantôme, où vivent des fantômes qui ne semblent rien avoir de bien terrifiant. Sont peut-être même accueillants. Là, sans doute, est la paix. Et l’oubli sans remords. Mais on s’installerait là. Je ne ferais plus rien. Ce serait mon nouveau métier: ne rien faire. C’est un métier très difficile. Il y a très très peu de gens qui savent l’exercer. Nous irions, toi et moi, tous les deux, tous seuls, marcher sur les chemins. Ce serait comme ça, tous les jours. Un humain me demanderait parfois qui je suis, d’où je viens… Je dirais que je ne sais pas, que j’ai tout oublié le long des chemins, que j’ai perdu la tête, que j’ai perdu mon nom, que j’ai perdu mon ombre. Je rirais à la barbe du questionneur, et nous retournerions, le soir, à Chanteloube où je mettrais à mijoter une soupe aux orties, à bouillir une ou deux poignées de châtaignes, dans l’âtre que j’aurais rafistolé. Et la nuit, on regarderait les étoiles. Je n’aurais pas de mal à passer du monde des vivants à celui des esprits, de même pour en revenir, et pour y retourner encore, comme ça, tous les jours, parce que toi tu sais t’y prendre. Tu connais les passages pour aller d’un royaume dans l’autre, et c’est toi qui serais mon guide. Il n’y a que les chiens pour savoir des choses pareilles…

[…]

… Me retirer à Chanteloube, c’était juste une histoire que j’avais inventée pour Léo. Et pour moi aussi. Parce que, dans la solitude, il vous en passe des choses par la tête! Des choses qui permettent d’alléger un peu la souffrance. De la détourner quelque temps, et de s’en distraire. Il n’en restait pas moins qu’après m’être beaucoup agité, pendant ces quelque trois semaines, m’être engourdi d’activités physiques, j’éprouvais maintenant le désir, très réel, quasi impérieux, de m’abandonner à la somnolence de ne rien faire. Rien écrire, rien lire, mais rien dire non plus – et être presque rien. Oui, travailler à ETRE presque RIEN. Désir ivre, besoin aspirant, entrevu comme salutaire, de m’effacer aux yeux des autres, afin de n’être plus qu’une simple présence au monde, assourdie, transparente, presque évanouie. “Ce serait non pas m’effacer, je pensais, dans le creux de l’absence où le désespoir s’annihile, où toute douleur disparaît, mais plutôt renoncer à l’absurde nécessité de faire quelque chose, sombrer dans le repos de l’âme comme on se confie au vertige du rien, pour être seulement vacant, libérer son esprit et ses yeux, accueillir ces instants où l’on sent battre dans ses veines le coeur subtil du temps, cultiver cet état limite, mince ligne de crête entre ennui et pure joie d’être. Cet état où le simple fait de regarder le ciel, le feuillage d’un arbre, un oiseau marchant sur le toit, nous apporte la preuve que tout nous est donné à tout instant, et que vraiment rien d’autre ne nous est désormais nécessaire…”

Partir sur les chemins, in Séparations
Il est possible de lire l’intégralité d’une nouvelle de ce recueil, et d’autres extraits, en tapant DIAZ Michel sur Wikipédia, puis ce nom sur Amazon.

Pour commander cet ouvrage:

* s’adresser aux Editions L’Harmattan, 5-7 rue de l’Ecole Polytechnique, 75005 Paris
ou diffusion.harmattan@wanadoo.fr

* ou le commander directement en librairie

 

Atelier des silences – Michel Diaz – Thierry Cardon (1997)

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« Beau livre », photos de Thierry Cardon , textes de Michel Diaz (qui offrent ici une relecture du mythe d’Orphée et de sa descente aux enfers à la recherche d’Eurydice).
Ouvrage préfacé par Yves Bonnefoy.

Editions Jacques Hesse, Saint-Etienne-de-Diray, 1997

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Atelier 4ème couv

Georges Vitaly – Préface au Dépôt des locomotives (1989)

Affiche-Dépot-des-locomotives

Le Dépôt des locomotives, éditions Jean-Michel Place, Paris, 1989.

[Extrait de la préface:] … Comme tout auteur, Michel Diaz impose sa règle de jeu.
C’est moins par le sens le plus immédiat de ses répliques qui révèlent les sentiments profonds que par le choc de ces répliques.

Ce qui m’a séduit, en premier chef, dans Le Dépôt des locomotives, c’est L’ESPOIR. Cet espoir est à la limite de l’impossible. Il est avant tout l’espoir de retrouver l’autre.

Nina et Michael s’expriment par monologues. Les différentes strates du langage se superposent, se complètent comme par échos dissonants, lointains mais douloureux. L’être, placé face à son miroir intérieur, prête un regard et une oreille attentifs aux images hallucinées et aux sons inquiétants, mal répertoriés. Ils semblent vouloir deviner le pourquoi des choses hostiles, d’un monde froid, ennemi. Dans la nuit lunaire, irréelle, ils livreront un combat délirant et robuste à la fois, atteignant un lyrisme et une démesure qui les projette dans une non réalité qui deviendra vite leur domaine magique et palpable.

Le choix du monologue, comme langage de communication, souligne un profond besoin de confessions. C’est une psychanalyse en vase clos. La parole linéaire, aux accents obsessionnels fait débonder le trop plein de souffrances accumulées d’amour manqué. La vélocité du langage et son rythme accéléré, les phrases souvent réduites aux ” mots-force “, aux ” mots-douleur “, nous mettent en présence d’un univers qui exprime des pulsions d’un moi mal vécu.

Dans Le Dépôt des locomotives le désespoir des personnages est profond, mais subsiste néanmoins l’ultime espérance d’un devenir encore possible dans l’évasion de soi et dans l’amour.

Georges Vitaly, Paris, 1989

 

Le verbe et l’hameçon – Michel Diaz (1977)

Le verbe et l'hameçon

Extrait du texte :

Le premier orateur : Notre but, maintenant, est de créer un nouvel ordre de choses tel qu’une pente universelle vers le Bien s’établisse, tel que les factions se trouvent tout à coup lancées vers l’échafaud ! tel qu’une mâle énergie incline l’esprit de toute la Nation vers la Justice, tel que nous obtenions dans l’intérieur le calme et la sécurité nécessaires pour fonder la félicité du peuple ! La sécurité aussi contre ceux qui, logés comme un ver dans la pomme, nous pourrissent de l’intérieur !

Longues ovations

… Notre pouvoir à nous est une forme d’organisation de la dictature du prolétariat ! Mais la dictature est un vilain mot ! Et il ne faut pas jeter de tels mots au vent ! La dictature que nous appelons est un pouvoir de fer, de hardiesse révolutionnaire, rapide et implacable dans la répression des exploiteurs aussi bien que des fauteurs de troubles ! Si notre pouvoir est trop doux, il passera pour mou, il ressemblera plus souvent à une bouillie qu’à du fer !

Longues ovations

… Ainsi, celui qui enfreindra la discipline du travail, et dans quelque entreprise que ce soit, qui perturbera les rouages de l’ordre indispensable à la production des richesses communes, sera tenu pour responsable de la famine et du chômage, et le coupable, on devra le trouver, le faire juger par un tribunal et le châtier impitoyablement !

Longues ovations

… Mais si nous devons traquer l’ennemi intérieur, que nous n’hésiterons pas à qualifier de « terroriste », et réduire à néant son activité pernicieuse, l’ennemi extérieur, je désigne par là l’ensemble des nations hostiles à nos valeurs et à nos libertés, et je désigne plus précisément ces Etats composés d’une bande d’individus fanatiques qui n’ont pour seule foi que leur obscurantisme et pour seul objectif que la soumission de l’Esprit que nous ont légué les Lumières, cet ennemi-là, sachez-le, nous devons le combattre aussi, car il met au point contre nous une politique de longue usure, à seule fin de nuire à ce qui constitue les fondements mêmes de notre Civilisation !

Silence dans la foule., la voix de l’orateur résonne de façon impressionnante

… Et si notre pays, poussé à bout par les perfidies étrangères, leur volonté de mort, décidait un beau jour d’entrer dans un conflit coûteux mais nécessaire ? Nous ne saurions, c’est évident, considérer la guerre en soi comme un bienfait, ni confondre les raisons profondes qui l’ont déclenchée avec les bénéfices secondaires qui nécessairement en découlent, et moins encore la justifier au nom  de conséquences multiples et positives !… C’est pourquoi nous ferons tout ce que nous pourrons pour éviter pareil fléau !

Ovations

… Mais la guerre, il est vrai, ce n’est pas seulement le rempart de nos libertés ! Elle est, ne nous le cachons pas, un facteur inégalable de progrès technique, industriel, économique, social et idéologique ! Un moyen de rouvrir nos mines, nos fonderies, nos forges, nos usines, de redonner au plus grand nombre d’entre vous ce travail qu’ils attendent en vain ! Et par ce moyen-là, si nous nous en servions avec talent, et si nous remportions une juste victoire, nous pourrions implanter partout, bien au-delà de nos frontières, cet inégalable Idéal de Justice et de Paix pour lequel nous avons lutté et lutterons toujours ! Ainsi le monde nous verrait, tel un semeur opiniâtre, jeter ici et là, sur tous les peuples à la fois, cette graine si prometteuse, et qui serait pour nous l’assurance d’une fructueuse moisson !

[…]

 

Mise en demeure – Michel Diaz (1975)

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Mise en demeure, recueil de poèmes (1975), 74 pages, de Michel Diaz

Editions Pierre-Jean Oswald, Paris, 1975

« Mettre en demeure » c’est, selon l’expression juridique, sommer un débiteur d’acquitter ses dettes. C’était, dans ce recueil à la poésie tâtonnante (le premier publié, qui le demeurera longtemps, volontairement oublié), sommer les mots de la parole de s’extraire de leur silence, de transgresser sa règle de non-dire ou d’aphasie des choses. Car il y a (ce n’était alors qu’un pressentiment) un absolu de silence, voire de mutisme, à quoi se rattache le poème, comme à une fatalité contractée et transcendante… Un mot, un autre, plusieurs autres : il s’agissait là de l’activation trépidante de quelque chose qui appartenait encore au silence, à l’eau descendue ou tombée de son puits, quand la pierre jetée est aussi celle qui porte le signe, la formule de salut.  Parole qui allait , filant devant, trouée vers cette part (donnée ou non) de l’inconnaissable, et cherchait d’abord non le sens, mais un rythme, la « mesure » du vers qui appellerait les mots, les ordonnerait d’après l’accent, le nombre, les sons, traquant les harmonies cachées entre le son et le sens.

Et devant le spectacle d’une monde qui, déjà, me semblait courir à sa perte, d’une humanité s’effondrant sur le lit de son propre désastre, il me semblait que l’un de nos derniers espoirs était que la parole s’obstinât, encore et toujours, à bâtir sa demeure : cette musique encore dans les mots, ensemble de sonorités, de rythmes, d’harmonies syntaxiques et imagées qui touchent presque à la physiologie de l’individu et par lesquels nous rejoignons le plus précieux de notre humanité auquel on peut donner le nom de « chant ». Vaste programme !… Il n’en resterait que des mots blessés, non exactement reniés, mais chargés du regret de n’avoir pu trouver la voix qui aurait aimé les porter à plus d’incandescence.

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