Archives de catégorie : Poésie

Dans l’inaccessible présence – Michel Diaz & Jeannine Diaz-Aznar (novembre 2017)

Extrait du texte (Thi Lùu éditions)

 

    Peut-être une ombre

     mais peut-être rien

     qu’un gémissement d’herbe

 

     un doigt de l’air

     sur la paupière

     dont on ne sait s’il s’est posé

     ou s’il s’en va

  

     Rien que cela

     un signe dans le vide

     qui n’attend aucune réponse

  

     Et c’est assez déjà

     pour donner un sens à l’énigme

     dans laquelle se perdent nos vies

  

     comme il suffit de

     retourner une feuille de vigne

     pour nous souvenir de ces lignes

 

     labourées au creux

     de nos mains

Poésie/première – N° 65 (oct. 2016)

 

Il n’est d’ineffaçable

que le sang du rêve

au verso du sommeil

 

que l’infinie

patience de la mort

dans l’épaisseur des pierres

 

il n’est d’inaltérable

que ce que la clarté du jour

demande à l’impensé de dire

et ce que répond le silence

 

comme il n’y a encore

que la flamme impassible du temps

et la braise hagarde des mots

pour obséder la nuit

(Texte extrait du recueil Le Cœur endurant)

*   *   *

 

Lichen, numéros 16 et 17

Textes publiés dans la revue Lichen, numéros 16 et 17, août-septembre 2017

Deux « poèmes » (désinvoltes) rédigés sur un coin de nappe en papier, (restaurant Le skipper St-Martin-de-Ré, 6 mai 2017).

A L. C., en le remerciant pour ses beaux silences
et à Philippe Fréchet pour les siens, qui ne le sont pas moins.

 

à force de tirer
sur la pelote de mes jours
mon temps tire à sa fin
et je n’ai toujours pas écrit
un vrai poème
un grand poème
ne serait-ce qu’un seul
(mais combien pourraient dire de même ?
et je pense cela sans m’en consoler)

j’avoue que j’ai l’air
d’avoir perdu courage
– et c’est peut-être plus qu’une impression

un coup d’œil dans la glace
un clin d’œil dans mon cœur
me donne envie
de la fermer à tout jamais

alors pourquoi me forces-tu à me pencher ici
Seigneur de ma vie
Toi le Grand Sourd-muet
à me pencher à cette table
au milieu de la nuit
à me demander comment être beau ?
(de la pure beauté de l’esprit)
à me demander comment être vrai ?
(de la vraie vérité de l’âme)
à ne jamais tricher avec mes sentiments
pour trouver les seuls mots qui importent ?

oui au moins
une seule fois

*   *   *

La paix n’est pas entrée dans ma vie
qui s’est échappée à mesure
par tous les pores de ma peau,
et la paix était là
que je ne voyais pas
ou si peu et si mal

Aujourd’hui encore,
souvent, je me cogne dans ma vie,
essayant d’attraper son souffle,
de regarder quelqu’un qui marche dans la rue,
de faire la queue dans un magasin,
d’attendre un ascenseur qui ne vient pas,
ou faisant n’importe quoi d’autre,
comme de supporter les nouvelles du monde
en regardant le ciel,
trébuchant comme  d’habitude
sur l’indéfinissable de la beauté du jour
ou de l’intelligence d’un sourire

Ma toute petite vie :
si tortueuse
mais pourtant si loyale,
si dévouée à ses obscurs desseins
et, je m’empresse de le signaler,
qui se débrouille très bien sans moi,

s’en débrouille à merveille,
au point parfois de m’oublier

Michel Diaz

 

L’Herbe folle, revue de poésie – Numéro 9 (mai 2017)

L’Herbe folle n° 9  –  2 textes inédits

* * *

Retour à la source

A mesure que les eaux montent, les rivages gémissent sous l’aisselle grise des pluies et les râles des plaintes glaciaires,

et si les sources tournent leur eau claire en poison, c’est qu’elles asphyxient au fond de leur tanière, comme agonise l’animal blessé, ou comme pour mourir on s’enveloppe dans les plis d’un vieux vêtement.

Toi,
l’échappée, la belle, l’insoucieuse des jours anciens, toi seule sais encore pactiser avec les nuages qui sont partout chez eux, déchiffrer l’éboulis fracassant des orages et répondre au brame lointain des laves souterraines.

Qu’as-tu à faire que tout l’univers tienne dans un seul grain de sable ? Qu’un homme passe sur la terre, et que mort ou vivant il ait la même transparence qu’une écharde de verre ?

Ce n’est là qu’une histoire banale au terme prévisible, à laquelle le cœur se donne autant qu’il s’en détourne.

Il y a toi encore,
l’égarée insoumise, confiante en ta saison, la cinquième et encore innommée,
celle qui prélude à la soif de jours neufs et au temps advenu qui lèvera le voile de la vie sur de nouveaux élans

* * *

Au clou rouillé du soir

Lumière
à la vie brève, comme l’est un jour de décembre, aux heures sans douceur, à moins qu’elles fussent de neige et de silence tamisé,

où toute branche délestée d’oiseau ne tremble que du poids sans couleur de l’attente dans laquelle s’infiltre et remonte la crue inexorable de la nuit.

On observe cette heure dont on ne sut que faire, dont les fleurs de givre s’accrochent aux barbelés des mots et aux ronces de la mémoire, essayant de comprendre en quoi ce qui finit allège de sa solitude tout ce qui a déjà échu. Ces coulisses d’un temps d’où l’on ne revient pas.

On est au bord de rien, comme aussi bien au bord de tout l’imprévisible,
un fagot de sarments, des morceaux de bois sec dont certaines brindilles peuvent se rallumer à la moindre étincelle de la pensée.

Michel Diaz,