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Jérôme Bosch : Le champ a des yeux, la forêt des oreilles.

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*    *    *

Je viens de lire, dans le numéro 26 de cette excellente revue de poésie que sont Les Cahiers de la rue Ventura, ce poème inédit de Marylise Leroux qui, je crois, cerne très simplement mais subtilement la question de l’acte d’écriture, ce à quoi on travaille, toujours au bord du vide, et ouvrant trouée dans le noir, toujours avant, vers on ne sait trop quoi, cet inconnu qui nous précède :

Silence / on excave

on fore / on fouille / on élargit

on cercle / on strate / on vide

on fabrique / du vide

pour qui / pour quoi / on ne sait pas

ça résonne muet / l’interrogation

                          *

On creuse aussi / de résister

de déplacer le mur / sous la surface

de tenir / sans combler

                        *

Une illusion d’espace / à l’intérieur de soi

que l’on pourrait habiter / par défi

ou par manque 

[Marilyse Leroux a publié plusieurs recueils de poèmes dont Le Temps d’ici, aux éd. Rhubarbe]

Livres pauvres – Chapelle Sainte-Anne

Du 21 septembre au 20 octobre / ACCORDANCE / livres pauvres – collection Sainte Anne

Vendredi, samedi et dimanche 14h à 20h  / Chapelle Sainte Anne –square Roze 3700 Tours La Riche

“… Alors que les « livres pauvres » (« pauvres » en raison du peu d’investissement financier qu’ils nécessitent, mais « riches » à la mesure de l’osmose qui résulte de la confrontation entre écriture et peinture) sont souvent présentés sous des vitrines protectrices, la Chapelle Sainte-Anne les présente librement, sans barrière, au sein de tableaux, d’installations et de photographies prêtés par les artistes pour leur faire escorte. C’est donc pleine fête pour l’œil et pour l’esprit….” Daniel Leuwers (créateur et directeur de la collection des livres pauvres).

Passants – Antoine Emaz //Les nuits échangées – Raphaële George

Note de lecture publiée dans Diérèse, N° 77

Passants, Antoine Emaz (Editions Unes, 2017)

Les nuits échangées, Raphaële George (Editions Unes, 2018)

Voilà deux livres achetés en même temps, il y a quelques mois, aux éditions Unes. Deux petits livres très soignés, sur beau papier, à la belle impression, comme les éditions Unes savent les faire, et contenant chacun un texte court (7 pages pour le premier, 14 pour le deuxième), composés de vers brefs, quelques-uns seulement par page, petit verre d’alcool à haut degré.

Choix de l’éditeur (certainement), coïncidence intéressante (ou effet du malin hasard) ? Il se trouve, en tout cas il me semble que ces deux poèmes fonctionnent, en vis à vis, comme les panneaux d’un diptyque, semblent dialoguer l’un avec l’autre, et se faire écho ou réponse.

    Passants, celui d’Antoine Emaz, à partir du regard qu’il pose sur ces quelques passants aperçus là-bas, sur la plage, loin, interroge cet horizon laissé derrière nous par les années : passants/rien d’autre//mais assez pour lever en tête/après leur passage/d’autres passés/que l’on poursuit de l’œil dedans/alors que l’espace est devant/vide/à nouveau. Mais il interroge ces lieux de sa mémoire (ces lieux comme des linges/de paysages serrés enserrant/dans leurs plis/ce qui n’est pas passé du passé) que pour n’y voir, à travers ses brumes, dans les ruines des souvenirs, que des silhouettes fantomatiques, comme des fragments d’êtres, pas plus/des ombres/des bouts, des traces de visages, ce qui tant bien que mal subsiste autour des trous de souvenance :  le passé n’est que paysage d’eau de cologne/éventée si on veut/avec des vagues/les mêmes/pas les mêmes//on ne s’y retrouve pas. Mais si le passé n’est plus qu’incertain, déchiré (l’avons-nous bien vécu ?), plus tard n’est pas encore (et d’ailleurs sera-t-il ?); ne reste que la mince ligne du présent, sur laquelle on avance en prenant soin de ne pas perdre l’équilibre, en essayant de retenir ce que l’instant, dans son écoulement, nous donne à voir du monde : on ne sait comment faire/pour bloquer les deux yeux//dedans dehors//malgré tout l’effort/ça passe//trop poreux. Mais même le présent, cette poreuse ligne de partage entre ce qui n’est plus et ce qui va venir, est espace d’un être-là sans espoir et sans force : revenir seulement aux vagues/leur calme lancinant fatigué/à marée basse/leur énergie qui se replie. « Le vent se lève…! Il faut tenter de vivre ! » écrivait Paul Valéry auquel A. Emaz semble répondre : on marche et ça suit les pas le corps se poursuit/dans une mécanique d’être qui grippe un peu/cahote/ne va plus de soi/vers plus loin tout à l’heure demain d’autres jours.

Cette difficulté à habiter sur la crête de l’éphémère et à être pleinement dans l’instant, c’est encore ce que nous dit Raphaële George dans Les nuits échangées. Le jour, en sa lumière crue, nous laisse, chaque matin, au seuil d’une injonction à être et d’une violence dont nous ne savons pas toujours quoi faire ni comment l’affronter, d’autant que, écrit-elle, seule avec les déchets du jour/le corps se ferme/se rapetisse. La nuit est peut-être promesse d’une autre vérité que le jour lui/nous dérobe, alors il lui faut tendre vers ces yeux cachés/derrière les miens,/les miens vrais/quand la nuit/juste avant le sommeil/me les restitue. Car la nuit, quand elle prend son épaisseur, c’est le temps se retrouver, au sein d’une conscience calme, Ne plus voir/S’entendre battre. Etre ainsi au plus près de son corps, au plus près de soi-même, et se sentir vivant dans la proximité d’une parole qui serait l’égale d’une regard. Alors dormir, s’avancer vers le fond/avec l’espoir/que demain nous sauve/et nous rende/cette vie manquée la veille. Mais la nuit est aussi cet espace de fragile salut dont le sommeil hésite à nous donner les clés. Reste cet entre-deux de rêverie dont on ne peut se satisfaire, parce qu’il est aussi ce fil d’équilibriste dont on sait qu’il va rompre. Le réveil, le retour à la vie ordinaire, est toujours un retour manqué. Ouvrir les yeux c’est, écrivait A. Emaz que je citais plus haut, se retrouver dans cette mécanique d’être qui grippe un peu, cahote (et) ne va plus de soi. A quoi R. George semble ajouter : En ouvrant les yeux/on ne crie pas. Et si l’on ne crie pas, c’est qu’il faut au cri une force dont on ne se sent pas toujours capable. Comme nous accable une faute aussi ancienne que nous-mêmes. Alors encore, les derniers mots de son poème : quand je borde le lit,/je saisis bien ma lassitude./Le sommeil ne m’a pas acceptée,/je suis demeurée dans le péché d’être./Victime encore de la présence/qui me précède.

Lassitude qu’on sent au bord de la désespérance, qui n’est pas pour autant renoncement à vivre, mais traduction d’une fatigue existentielle, cette sombre mélancolie qui s’empare de l’être quand il est pris dans cette errance où passé, futur et présent s’alignent sur le même front d’incertitude qui dicte aussi à A. Emaz ces derniers mots : qu’est-ce qu’on en sait/au fond de l’œil/de la tête dans l’œil/et les vagues et le vent//on ne sait plus//sans avoir peur.

Comme un chemin qui s’ouvre – Diérèse N° 76, Printemps-été 2019

Note de lecture, par Eric Barbier, publiée dans le N° 76 de la revue Diérèse, Printemps-été 2019, p. 310.

Diérèse, N° 76, Printemps-été 2019

Michel Diaz, COMME UN CHEMIN QUI S’OUVRE, L’Amourier, 2019, 14 €

Lecture par Eric Barbier, p. 310

 

Michel Diaz, homme de scènes et de textes, publie chez L’Amourier ces proses, pages pour baliser les errances nées au cours de ses marches solitaires, sur des chemins qui conduisent plus vers le retour que vers un ailleurs, divagations dans le territoire intérieur, l’espace de la mémoire, « A la rencontre de cet inconnu que l’on porte devant soi. »

Mieux que transcriptions de ce qui est vu, notations d’observations certifiées par l’exactitude du souvenir, la prose se veut ici être l’interprète du regard, la révélatrice de l’intime. « Près de moi la mer, plus riche que tous les autres langages. » Tout autour la dureté et même les horreurs du monde ne sont pas ignorées, la déambulation n’invoque pas l’absence, de nouveau revient l’innommable, « des morts auxquels, le plus souvent, on renonce même à donner un nom », tandis que nous sommes débordés d’appellations. Alors quelle simplicité retrouver, celle d’un geste esquissé, du bruit d’une source, du chant d’un oiseau ? Les questions se répètent, écrire paraît dérisoire mais comment sinon, et de qui, ne pas être oublié : écrire reste la preuve que le combat est encore mené, tant pis si les mots échappent à celui qui croit savoir les employer.

« Et qui sait ce qui se tait sous les mots. » Consolation des devenirs, parvenir à se trouver révèle un bien mince espoir. Arriver à se perdre relève peut-être d’un plus difficile parcours. Ecrire, « poétiser », il faudra en accepter les contradictions, le langage reste aussi une émotion.

Marcher ainsi est un acte mélancolique, pour parcourir la « dimension illusoire du réel. »  C’est toujours à l’aube, à la première étoile, que l’on repart quand la nuit « ayant épuisé son ombre, s’écarte maintenant. » La marche écarte les simulations du verbe, la phrase ne connaîtra pas d’inutiles dérivations. Faut-il être pierre pour en comprendre la vérité ? Chaque réponse construit son attente, avant de venir à jour. Et permettra d’échapper aux heures noires, de garder un équilibre, « sous la peau de la langue. »

L’orgueil résiderait dans le renoncement, quand le dévoilement d’un secret en crée un autre, quand ce qui serait appelé silence impose sa singularité, bruit de l’inexprimable, où l’averse nous transporte dans une autre région de nous-mêmes. L’interrogation forme ainsi certains usages de la beauté, là où rien ne peut paraître définitif, ni peser en nostalgie, « comme une eau dans le froid se rétracte et s’habille de déchirures. »

Marcher pour se sentir présent, ici, non pour aller vers « l’autre rive de soi-même. » Marcher, non pour observer mais pour déchiffrer le monde et dépasser son propre aveuglement.

Eric Barbier

 

Prix Amélie Murat 2019

Poésie

Michel Diaz reçoit le prix francophone de poésie Amélie-Murat à Clermont-Ferrand

Remise de la 66ème édition du prix francophone de poésie, Michel Diaz. © Rémi DUGNE

L’association Cercle Amélie-Murat a décerné son 66e prix francophone de poésie au poète
Michel Diaz pour son recueil « Bassin-versant », mercredi 12 juin, à l’Opéra-théâtre de Clermont-
Ferrand.

La présidente, Claire Demange, a rendu hommage aux poèmes aux vibrations philosophiques de ce recueil Bassin-versant, qui ont été lus devant une assemblée nombreuse et chaleureuse, permettant aux férus de poésie de se plonger dans la méditation de l’auteur, qui évoque l’ombre et la lumière, et ce qu’il nous faut cultiver de force d’attention pour être dignes de notre humanité. « La Terre est notre probable paradis perdu, écrit Michel Diaz, en exergue à son ouvrage, mais nous avons l’art pour ne pas mourir de la vérité. »

Michel Diaz, qui a enseigné les lettres et les arts dramatiques, s’est dit « comblé et ému » de recevoir cette distinction de la Ville  de Clermont-Ferrand.  «Le monde va mal, nous avons mal à la Terre, aux plantes, aux animaux, nous avons mal aux hommes. Mais il est quelque peu rassurant, à cette époque de l’hyper communication, où nous sommes sommés de communiquer tout le temps, par tous les moyens de la technologie, où les mots sont complètement démonétisés, où la parole ne vaut plus grand chose, de voir que l’on peut encore laisser place aux mots, à la parole des poètes, c’est une note d’espoir immense. Grâce à la poésie, à l’art, à la musique, il y a peut-être encore des choses à sauver dans ce monde où règnent une atmosphère crépusculaire et le parfum des guerres. Ce qui reste aussi à sauver des hommes c’est leur humanité, en la sauvant de ceux qui l’ont placée sous le signe destructeur d’un acte unique et suprême, l’accumulation des richesses et la soif des profits, », a-t-il conclu.

Fanny Guiné