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La cérémonie des inquiétudes – Alain Duault

La cérémonie des inquiétudes

La cérémonie des incertitudes

Alain DuaultEditions Gallimard (2020)

Note de lecture publiée in Dièrèse N° 80

         Que l’on me permette, si je dois trouver l’angle de lecture qui me semble le plus pertinent pour cerner le ton et la couleur de ce recueil, de citer ces phrases extraites d’un essai de Jean-Michel Maulpoix : « Ceux que l’on appelle nouveaux lyriques sont, pour la plupart des poètes nés dans les années 50. Cette génération était adolescente à l’époque des avant-gardes. Elle n’a pas participé à la grande fête subversive de mai 68; elle l’a considérée plutôt comme un déroutant spectacle. Elle a par contre commencé d’écrire et de publier dans un contexte de crise et de reflux des idéologies. Elle s’est nourrie d’histoire littéraire aussi bien que de marxisme, de psychanalyse et de structuralisme. Elle a le plus souvent trouvé sa voix contre les bousculades théoriques des décennies antérieures. Elle apparaît plus sage, plus conventionnelle, moins soucieuse d’afficher des signes extérieurs de modernité. » (Un lyrisme critique, 1999)

         Qu’Alain Duault soit né à l’extrême fin des années 40 ne change pas grand-chose pour ce qui le concerne. Avec de nombreux autres, comme Jean-Pierre Lemaire, Guy Goffette, André Velter, James Sacré, Benoit Conort, Philippe Delaveau, Jean-Yves Masson, Jean-Claude Pinson, Jean-Pierre Siméon, Yves Leclair, ou Jean-Michel Maupoix lui-même, Alain Duault est l’un de ces poètes très divers qui renouent sans complexe avec ce « lyrisme critique » où le sujet s’exprime à visage découvert, et où le quotidien est invité à prendre place. A travers eux, la poésie française semble se réinscrire dans une tradition plus vaste, moins soucieuse de bousculer le rapport à la langue ou de la malmener, peu soucieuse aussi de céder aux sirènes de ces divers avant-gardismes qui commençaient d’ailleurs à s’essouffler.

         Alors « nouveau lyrique » Alain Duaut ? Sans aucun doute, mais toujours ici d’une voix retenue, claire et légère qui ne force jamais le ton, entre bucolique et élégie, dans une langue poétique proche de la prose, et qui semble couler de source, sans intellectualisme déplacé, une écriture qui adopte parfois des transparences de chansons, le plus souvent teintée des ombres de la nostalgie ou de celles, plus graves, d’une douloureuse mélancolie. Ainsi, par exemple, ces vers :

« Je naissais chaque matin comme le premier des hommes / Il faisait peut-être bleu quelque part mais ici les fenêtres / Etaient peintes en noir sur la cour j’avais la tête entourée / De guêpes et de miel… »

         Ou encore ceux-là :

« Il n’y avait rien à comprendre c’est bien souvent cela / La vie : les pierres tièdes sous la peau des pieds nus / L’odeur du pain qui grille jusqu’à l’or cuivré le livre / Qu’on ne voudrait pas finir et soudain c’est la fin »

         Il est vrai, ainsi que le souligne Monique Labidoire à propos de cette cérémonie des inquiétudes, que le poète ici « atteint une maturité qui le conduit inexorablement vers la finitude, même si la mort, la disparition, le néant, l’au-delà ont déjà été évoqués dans son œuvre. » Mais si dans les autres ouvrages d’Alain Duault la fatalité de la vie concernait plutôt des destinées particulières, elle touche, dans celui-ci, et tout du long, à l’éternelle destinée humaine. Et M. Labidoire d’ajouter, plus loin : « Cette certitude inquiète lui fait saisir – parfois avec plus de légèreté – les instants féconds et heureux tirés de son expérience vitale. Il nous engage avec fougue dans une célébration de l’amour et de la beauté en orchestrant tous les arts qui vivent en lui, poésie, musique, peinture, chant. »

         Et c’est bien cette « expérience vitale » qui fait la densité de ce recueil où, partagé entre l’inépuisable beauté des femmes, les émerveillements de l’amour, cette « manière de mystère qui renverse et mélange tout », et les déceptions et désillusions qui nécessairement l’accompagnent, comme les chagrins de la vie, les pertes, les deuils et les inquiétudes de l’âge, le poète nous entraîne dans ses voyages, le fjord de Stockholm, Venise, Hambourg, Hammamet, Séville, Barcelone ou Manhattan, et nous fait aussi bien partager ses lumineuses ou plus mélancoliques rêveries que ses angoisses et les questions qui le tourmentent. Qu’il écrit qu’en dépit de la dure réalité du monde et de l’obscur de l’existence « tout est parfois si magnifique.» Et, en effet, parfois, face au chaos des jours et face au ravin d’ombre, quelque chose soudain s’illumine, dans quoi le poète trouve quelque raison d’espérer : « Le soleil du matin qui a des rires à tous les rayons / Une femme dont la peau luit dans le noir mon Dieu / Qu’elle est belle : la rivière s’arrête pour la regarder ».

         Parfois, dans ces poèmes, ce si lumineux bonheur de l’amour et ce qu’il promet d’ombre lourde apparaissent inextricablement emmêlés, et la vie elle-même devient sujet de vanité : « Un homme et une femme sous un soleil vert c’est / Le premier jour du monde un pommier de rivière / Près duquel ils s’abritent […] // La langue nôtre dit nature morte l’autre langue dit / Vie silencieuse Une rose dans une tasse ébréchée / Des oranges des pommes sur l’assiette ou un crâne // […] Le temps n’atténue pas la souffrance / Il apprend seulement à vivre dans ce saisissement // Cet impartageable fracas de poussière noircie / Brisés : l’éternité dans une larme »

         Il n’est pas étonnant, puisque joie et tristesse vont si bien de pair, que s’invite dans un poème le fantôme d’Apollinaire qu’accompagne l’image de Paul Celan penché sur le garde-fou du pont Mirabeau : « On y passe sans le savoir parce qu’un autre poète y / Enjambait la Seine pour retrouver l’or des seins de / Marie Je me demande si Paul a choisi ce pont pour / Mourir ou parce que vienne le temps sonne l’heure ».

         Les poèmes de ce recueil ne s’appesantissent pourtant pas sur cette basse continue que le bruit de la mort fait en nous, quand nous suspendons notre souffle pour y prêter l’oreille. Ils nous offrent à partager ces moments rares et précieux de l’existence que l’écriture de l’auteur s’emploie si bien à sublimer, à les inscrire dans une profonde et paisible méditation qui pas à pas, de page en page, travaille à cultiver ce qui en nous, dans l’ombre, recèle cette forme de sagesse que permet malgré tout, contre tout ce qui peut nous faire mal, notre consentement au monde, tel qu’il est.

Michel Diaz, 15/11/2020

Pour voix et flûte – Pierre Dhainaut

Pour voix et flûte par Dhainaut

Pour voix et flûtePierre DhainautEditions AEncrages & Co, 2020

Note de lecture publiée in Dièrèse N° 80

         Ce court recueil, Pour voix et flûte, illustré par les encres fortement expressives de Caroline François-Rubino, est divisé en trois parties, D’abord et toujours, Un mot pour un autre et Lecture de lumières. Trois sections qui s’organisent en un très savant crescendo, composées chacune de six à dix poèmes, en distiques pour la première, tercets pour la seconde, sizains pour la troisième, chacune ayant sa thématique propre, mais aussi dépendantes pourtant les unes des autres que le sont les maillons d’une chaîne ou les degrés d’un escalier.

         La voix qui nous ouvre ce livre par D’abord et toujours s’élève lentement depuis ses basses comme monterait un de profundis. Elle s’élève entre les murs éteints que sont les lieux d’un hôpital, ses longs couloirs blafards et ses étages, depuis la chambre silencieuse où, sur son lit, repose celui que l’on va opérer, qui bientôt va « fermer les yeux sous le masque / au départ vers le grand sommeil », ignorant à ce moment-là s’il y aura « retour ou non », et le même lit où il rouvre les yeux, quand « réveil » se dit « accueil ».

         Cette opération, nous en connaissons les raisons puisque Pierre Dhainaut s’en est lui-même ouvert dans un autre ouvrage (Après, 2019) : une opération du cœur suivie d’une douloureuse et longue période de convalescence. Cependant, si dans ce précédent ouvrage s’imposaient dans sa poésie la douleur et la solitude en ce lieu d’angoisse clos sur lui-même, lieu de la perte de l’intimité et de tous les repères, où le regard cherche un quelconque appui, lieu où même sa voix et son souffle, ce dont les mots dépendent, n’arrivaient plus vraiment à se trouver, dans ce présent recueil, dès les premiers poèmes, « dans la salle où les yeux se rouvrent », s’invite par cette embrasure de clarté par laquelle le corps est rendu à sa vie, « parois claires, vitres claires, visages clairs », la présence d’un monde où s’introduirait la clarté d’une intime résurrection.

         Dès ces premières pages entrent en indirecte relation, bien plutôt qu’en conflit ouvert, l’ombre rôdeuse de la mort, toujours prête à surprendre, « à l’étage / des dopplers et des échographies, / entre deux portes, ou bien dans une chambre / du côté sans fenêtre », et la volonté de l’auteur, qui ne voit en elle rien d’enjôleur, résolu autant qu’il se puisse à ne pas lui céder en ces lieux ni de telle manière : « Non, ce n’est pas la peine, imaginer / l’endroit et le moment de la rencontre / avec la mort. Jamais /ainsi nous n’en serons les hôtes. »

De cette volonté de vie s’élance tout d’abord, le simple mot « message », « entendu bien des fois sur un portable » sans que nous y prenions garde, mais un mot comme un viatique, offert sur le chemin de soi vers « l’autre » et de « l’autre » vers soi, mot « de tout le corps parcouru, / déplié par les ondes », où se recréent « les syllabes heureuses / avec la voix qui leur donna naissance / confiance, la vie sonore. »

         Mot essentiel que celui-ci, comme celui aussi de « voix », et plus loin ceux de « souffle », de «mots » ou de « visage », sur lesquels prend appui le plus clair de ce que Pierre Dhainaut travaille à nous transmettre.  En effet, le souffle et la voix, ce sont la source et le medium des mots, ce qui leur donne chair ; voix qui choisit les mots en fonction de l’ampleur ou de l’étroitesse du souffle ; mots qui ouvrent les portes du dire, esquissent, même tâtonnants, le trajet du prochain poème (« ne craindre / aucun arrêt, ouvrir, ouvrir, écrire, / serait-ce avec la main par signes »), éclairent et balisent le chemin de la poésie que cette même voix, en les réinventant, ne cesse pas de nous donner à découvrir et à comprendre.

         « Parole de vie, quoi qu’il arrive » écrit ailleurs Pierre Dhainaut. Mais la vie, avant même les mots, est d’abord ce souffle de l’air qui entre et qui sort des poumons, énergie vitale première en tout, avant même la voix. C’est pourquoi intervient la flûte, dont on trouve le mot dans le titre de ce recueil, flûte traversière, « la bien nommée », instrument d’os aussi ou de roseau, que le musicien approche de ses lèvres en fermant les yeux et que nous regardons « sans rien entendre », tandis que lui « pressent l’émergence / le devenir du premier souffle », « accorde / à la respiration l’accord, l’alliance // de l’inquiétude et de la joie. » Flûte de Pan, flûte d’Orphée, qui embrase « les herbes, les ailes », instrument de la poésie qui attendrit même les dieux et pourrait sauver Eurydice. Et c’est pourquoi encore écrit Pierre Dhainaut : « A notre tour de nous en inspirer, / l’air ne refuse / personne : nous aimerons les mots // s’affranchissant des mots dans les poèmes / et dans l’intervalle, d’une page à l’autre, // la main touchera le silence, frémira / comme une âme inlassablement fugitive // en son visage .»

         Dans la deuxième partie, Un mot pour un autre (clin d’œil à Jean Tardieu ?), Pierre Dhainau interroge, comme il l’a souvent fait – le fait toujours –, la démarche poétique et ce qui conduit le poème, ce qui en favorise l’émergence et permet, même si l’on croit d’abord que l’on n’a rien à dire, « aux souffles / épars de s’unir en syllabes, en vocables, / puis en phrases ». « Ni l’instant ni la saison », écrit le poète, « ne justifie l’avènement du mot. »

Ainsi, le mot « corolle » qui vient se poser sur l’onde insaisissable de l’imaginaire poétique, « que veut-il avec tant d’insistance / pour la première fois nous faire entendre / qui n’est pas plus en nous que dans la fleur ? » Ce mot est pourtant là, dans cette insistance qui n’aurait d’autre raison d’être que ce souffle d’air qui traverse le corps et l’esprit du rêveur éveillé qui en est le relais : « déjà les lèvres sont d’accord, le son qui passe se rend présent, et nous le reprenons / pour le plaisir de délivrer le corps. » Car le mot qui s’impose à ces lèvres, réclame la parole, n’est pas moins qu’une « force » qui s’avance, téméraire, dans cet espace encore indéfini qu’est le devenir du poème. Car le poème est de cette matière imprévisible et impromptue que le poète doit accompagner dans sa volonté d’émergence et modeler, comme le fait le musicien en posant doigts et lèvres sur sa flûte, et en y propulsant son souffle. Mais cet espace du poème est aussi cet espace de liberté d’un mot qui commande à un autre, où s’efface un mot pour un autre, où se « substitue à ‘corolle’ / ‘origine’, ‘oriflamme’, ‘orient’, / un autre, un autre encore, continuellement. »

Accompagner, certes, le poème en gestation, aider à son accouchement, mais dans l’impérieuse nécessité de désarmer aussi « les yeux, les lèvres », pour savoir « à quelle profondeur / de la nuit la couleur prend naissance, / s’ouvre au vocabulaire, se propage et s’exalte », cherchant quel seul pays convient aux mots « cœur », ou « orée », « horizon » ou « coquelicot ».

Allégresse de l’écriture sur « la neige insouciante » de la page blanche sur laquelle, écrit encore Pierre Dhainaut, « l’étonnement nous guide / comme au-devant des flammes. » Mais accompagnement attentif de la gestation et de l’accouchement, car « le mot dont nous serons sûrs / qu’il est légitime a besoin de toute une année // avant de sortir de l’air et y revenir. »

Pourtant, si le poète entretient patiemment le pouvoir de féconder le langage, comme celui-ci en retour l’ensemence, les questions de la mort et du temps ne peuvent qu’être qu’inhérentes au sentiment de l’existence et à l’acte d’écrire car, en effet, « démunis, nous le sommes, / nous redoutons que le chemin ne cesse / et la marche à la fois. » Et que pourra y faire le poème ? Sinon nous précéder et, peut-être, s’il est possible de lui demander cela, qu’il nous confie « à l’oreille, au passage, / le secret de qui doit suivre. »

La dernière partie du recueil, Lecture de lumière, son titre déjà nous l’indique, est le palier où s’installe l’apaisement. Au réveil, à travers « la vitre envahie par le soleil avant / que ne tressaillent les paupières », passe cette prime lumière, le bleu de l’aube, ce « bleu, la sonorité première / à voir le jour, bleu dans le bleu, bleu pâle / dans le bleu profond ou bleu profond / dans le bleu pâle. » Ce bleu, écrit Pierre Dhainaut, où on n’en a « jamais fini de naître. » C’est alors, encore et toujours, comme si s’élevait une voix neuve, comme à l’état de perpétuelle naissance, comme aussi une invitation à regarder plus loin, au-delà de qui nous pèse dans la suite des jours, comme si elle était le prolongement de celle qui se fait entendre dans le recueil Plus loin dans l’inachevé (2010), ou Dans la lumière inachevée, l’anthologie que le Mercure de France a consacré au poète, en 1996.

         Se poursuit cependant, dans ces pages, son questionnement poétique, portant dans la clarté du verbe cette relation du poète à sa langue, une poësis qui fait du mot sa substance et du vers sa respiration. Et revoilà le souffle, mais cette fois celui de la calme marée du jour dont il faut aimer la lumière, une lumière qui nous permettrait de voir dans l’Ouvert, saurait nous laver enfin de toute inquiétude et nous réconcilier avec la mort : « Halètement, le flot, le flot si vaste/ et calme autour du lit ou de la barque / qui emportait les morts. »

         Oui, « parole de vie, quoi qu’il arrive », exigence et nécessité de la poésie de Pierre Dhainaut qui, dans les dernières pages de ce livre, évoque un enfant qui, dans ses paumes, recueille un peu de sable, « le laisse / s’écouler lentement, / lentement » puisque, ajoute-t-il, « c’est pour toujours, le sable / l’horizon qui crépite, / l’éclat du langage, / l’entente parfaite » Ce n’est pas la première fois, écrit Georges Guillain citant Pierre Dhainaut (Plus loin l’inachevé), que ce poète « célèbre avec insistance dans la personne de l’enfant, cet enfant devenu pour lui le bienvenu, celui qui reconstitue le monde : lui qui ne sait parler / […] recrée pour nous le rite immémorial / […] cœur qui palpite / mains qui acclament, il incarne le joie / la pleine joie du souffle. »

         La dernière partie de ce livre s’offre ainsi comme une ode au plain-chant du vivant et une calme épiphanie de la lumière, lumière d’une poésie qui avance dans la parole, ce territoire à perpétuellement explorer, reconstruire, non, ainsi que l’écrit encore G. Guillain, « pour se représenter le monde ou se l’approprier mais pour s’accorder à lui dans la puissance d’exister. »

         Un livre compte sur les premiers mots qui l’introduisent, et pèse par ceux qui l’achèvent. Les poèmes sont faits de paroles et de nuages, nuages, paroles qui « ne demandent pas où les vents les mènent, / s’ils vont se ternir ou se taire, / ils disent à ceux qui leur succèderont le sens d’une vie sans reproche. » Ces derniers mots, sans inquiétude, nous invitent, nous aussi, puisqu’il n’y a qu’un monde, à diriger vers lui nos « pensées amicales », à en célébrer « les matins du matin retentissant. »

Michel Diaz, 10/11/2020

La gloire des poussières – Raymond Farina

La gloire des poussières
Raymond Farina
Editions Alcyone, 2020

Note de lecture publiée in Dièrèse N° 80

         Sur la 4ème de couverture du recueil, La gloire des poussières, Raymond Farina écrit : « Pourquoi veut-on que les poussières ne soient que d’infimes fragments de choses et de vies défaites, ce que l’oubli dépose sur des meubles abstraits, des livres sans regard et des miroirs éteints ? » Question à laquelle il ajoute aussitôt celle-là, qui est déjà réponse à la première : « Destin de toute matière ne sont-elles pas la preuve évidente d’une dynamique élémentaire, vivantes parcelles d’élan, de turbulence, de fougue ? » Quelques lignes plus loin, dans ce même texte de présentation, il apporte à ces deux questions son éclairage poétique : « Plus tard, une fois de plus sur le versant de ce qui s’anime et anime, elles m’ont aidé à concevoir la fabuleuse activité de la grande Fabrique de l’Être qui d’invisibles particules tombant dans le vide fait la pierre et le miel, fait la terre et le feu, et même le corps et l’âme des humains qui peuplent le monde. »

         Voilà donc qui confère à la poussière, matière de si peu dans notre imaginaire collectif, une haute valeur métaphorique dont Raymond Farina va nourrir sa démarche de réflexion sur le temps et le lieu du monde, la vie, la mort, l’humanité, réflexion traversée de ce que ses lectures y ont déposé, et de ses expériences d’homme. Il nous faut d’ailleurs remarquer que l’auteur utilise ce terme au pluriel, les poussières, le démarquant ainsi de l’utilisation littéraire ou, poétique que l’on en fait habituellement, à des fins généralement illustratives et négativement connotées de la fragilité, de l’insignifiance des choses ou, puisque « tout vient de la poussière et y retourne », de la profonde vanité de tout.

         Il est aussi tentant de citer ici cet extrait de La part manquante de Christian Bobin, qui nous semble illustrer ce que Raymond Farina, qui fut professeur de philosophie, désirerait peut-être que nous éprouvions, vivions et partagions à la lecture de son livre et aussi de tous ceux qu’il a déjà écrits : « Ce qu’on apprend dans les livres, c’est la grammaire du silence, la leçon de lumière. Il faut du temps pour apprendre. Il faut tellement de temps pour s’atteindre. On va à l’aventure. On prend un livre dans ses bras, puis on le quitte, on va vers le suivant. Les livres sont faits de poussière. Les livres sont faits de vent. Les livres sont faits du plus précieux de nos songes : poussière et vent. On y chemine, on les traverse. On les oublie. »

         Alors poussière et vent seraient donc aussi la matière de ce recueil de Raymond Farina ? Oui, si on y chemine et qu’on le traverse en se tenant au plus près de ce qu’il veut nous dire, en écoutant sa voix et ses mots de poète, c’est-à-dire de ce qu’il fait de ce « plus précieux de nos songes » : une parole sans personne mais qui, comme la poussière et le vent, s’élèverait en lents remous, « tourbillon aimanté à la fois par le ciel et par le lointain » qui nous passerait par le cœur et l’esprit « avant de disparaître, fascinante vision trop vite devenue mémoire » . Car, dit-on, la mémoire est ce qui demeure quand on a oublié tout le reste. Et ce qui nous reste en mémoire, solidement prégnant, quand on a achevé la lecture de ces poèmes, n’est pas moins que le sentiment d’une lumineuse lucidité, conquise à la force des ans, sur l’état et le cours du monde et des choses, la vaine agitation humaine et le mirage de nos illusions. Ainsi des puissants de ce monde : »Impassibles ces rois naviguent / dans leur solitude tranquille, / gardant dans leur parure / les ors de la grandeur ancienne //(…) Echappés de ces temps gothiques / où roi signifiait quelque chose, / ils côtoient, sur leur char à bœufs, / des bouffons & des clowns.. » Ainsi tout simplement de l’homme : « Pouvez-vous me dire pourquoi / ce qui, dans le monde animal, / est tourbillon d’ailes légères, / flèches de becs inoffensifs, / devient destruction méthodique/ quand l’accomplit la seule espèce / qui aspire à la perfection ?« 

         Comme le remarque J.-P. Gavard-Perret dans un texte critique, « Farina anime de manière placide (quoi que…) ce qui fait douter les dieux et affoler les statistiques (…). Tout cela, pour autant, n’amène pas au paradis : juste des clairières dont le viatique est moindre. Elles ressemblent « à des Cythère sibériennes / et des Pologne sans retour ». Et ces « Pologne sans retour », précise Raymond Farina dans son poème, évoquant l’insensé du monde où s’égare parfois la folie humaine, sont celles «où l’on faisait cendres des hommes ».

         Mais les poussières, ce sont aussi ces riens d’assemblables improbables venus d’on ne sait où, que Raymond Farina, évoquant Lucrèce, décrit comme de « secrètes combinaisons d’atomes, devenus dans son rêve et le mien, minuscules grains de soleil dansant dans la lumière ». Dans ce recueil où se combinent de même ses poèmes, l’évocation des pouvoirs de l’artiste, peintre, violoniste, pianiste, l’invocation aux « soleils virtuoses, somptueux, grégoriens », le pouvoir aussi de l’imaginaire qui « propose un voyage absolu, sans cartes, sans escales », l’évocation encore de ce qu’écoute l’enfant qui « sait presque tout de la terre, sa rumeur sibylline, ses semences secrètes », cette « histoire de ciel / que nous raconte le bleuet », ou cette évocation plaisante « d’une fourmi sisyphéenne / poussant sa miette fatale / parmi les restes sur la table », tout cela, et bien d’autres choses encore, constituent l’ample matériau de cette écriture. Car Raymond Farina est aussi le poète de ces presque riens, rencontrés çà et là dans l’affût de sa présence au monde, ces poussières de vie dont le regard s’empare, de ces riens comme suspendus au-dessus, une chose coulant dans une autre, poussant celle qui suit, et comme au hasard de l’inspiration, et toutes se fondant dans un long travelling de pensée ou de rêverie : « Les cheminées font du tricot. / Toi, tu glisses dans leur douce, douce / spirale cachemire / au-dessus des toits étonnés ».

         Mais Raymond Farina est aussi le poète de la fusion des états de conscience dans le même creuset poétique, puisqu’il « suffira d’un seul sourire / pour être l’ami du soleil / & la nuit nous chuchotera / à l’oreille tous ses secrets ». Un creuset où s’invite aussi la douleur, celle de la peine des pierres, témoins de tous les crimes que l’on a commis contre le vivant, hommes, bêtes et plantes, celle aussi du vieil homme « qui, montant les ans / descend, descend les escaliers / vers une cave sous la cave, / vers un long sommeil tellurique ». Creuset aussi d’une mélancolie où chemine une quête toujours poursuivie de menus miracles de bonheur furtif et de jubilation dans notre éphémère présence au monde, ce qu’il nous donne à voir, à entrevoir, et à goûter, qui est là et s’échappe aussitôt, qu’il nous faut sans relâche traquer et sans cesse attiser les éclats. Ecriture qui s’efforce de dessiner une mystérieuse ligne de crête, entre permanence et perpétuelle transmutation.

         Ce livre est ainsi traversé d’une double instance : celle de la descente ou de la chute, dispersion ou disparition, et celle de l’élévation, ascension vers un ciel de quiétude. En effet, selon les principes de l’imagination dynamique, telle que l’a exposée Gaston Bachelard, il n’est pas de mouvement de chute qui ne se conçoive sans la contrepartie d’un désir d’ascendance, comme il n’est d’élan ascendant qui ne se double, dans le même temps, de la sensation de l’espace béant et de la nuit qui s’ouvrent sous et devant soi. On trouve ainsi dans ce recueil nombre de métaphores de la chute : « tâtonnant dans son amnésie, / harcelé même par son ombre, // il est venu enfin dormir / dans son île devenue piège, // dans sa maison devenue tombe ». Métaphores que viennent heureusement compenser celle d’un désir d’élévation, du mouvement qui accompagne tous les rêves de la volonté de croissance, celle qui tire l’arbre vers le ciel et l’esprit vers le haut dans son inexpiable nostalgie de la hauteur. Celle-ci par exemple : (le poète) « s’endort dans le bruissement / d’idées belles et volatiles / volant au Hasard leurs couleurs » » ; ou celle-là encore : « Pour celui qui lève les yeux / terrien cloîtré depuis longtemps / dans d’étroites chronologies, / c’est de sublime qu’il s’agit, / d’un tragique entre-deux / où l’homme se débat. »

Poussière et vent alors que cette gloire des poussières ? Mais poussière où secrètement s’élabore le miel de l’Être, et vent qui, on le croit, se chargera de laisser, sous les yeux fermés de nos songeries, ce qu’il y aura déposé de parole.

Michel Diaz, 05/11/2020

Né de la déchirure – Eric Barbier

Texte de Michel Diaz, cyanotypes de Laurent Dubois, Né de la déchirure, éditions Cénomane, 2015, 18€

Note de lecture publiée dans le N° 79 de Diérèse, octobre 2020

   Des arbres depuis toujours nous connaissons la sensibilité, nous savons la vie qui les anime, nous savons que rien en eux n’est figé même si souvent nous avons voulu l’oublier pour n’y voir que la matière première, nature ordonnée dans le silence des forêts.

   « L’arbre n’a d’autre défense que l’ancrage entre ciel et terre. »

   Et voici dans ces pages exposées les aventures du bleu, de par la conversation entre les photographies à la remarquable technique de Laurent Dubois, le texte-poème de Michel Diaz et le temps qui pourrait être un autre auteur de ces proses et images.

   Portraits d’arbres abattus, tronçonnés, épanchement d’un sang bleu et ce bleu aussi est un regard, en ces arbres parlent d’anciennes voix qui nous chuchotent « comme un secret confié à qui prête bien son oreille. » Le tronc à terre sera aussi notre corps secret et la source des mots, une question d’équilibre pour ces plans d’un rêve que le jour ne chassera pas : « On contemple juste ce bleu, qui apaise la faim et la soif, le couteau des questions, l’incertitude qui nous hante. »

   « Quelque chose d’entrentendu, qui n’a ni nom ni forme… », le bleu devient la première matière du rêve, une revendication qui ne peut plus se limiter à ce qui est d’abord représenté, mais l’investit, le transfigure, le réinvente et le déborde, dans toutes les dimensions du temps lui-même.

   Un livre qui ne peut se contenter de mimer « l’infinie patience de l’arbre » mais qui, inscrivant sa présence « sur la page ouverte de ses blessures », nous invite à rêver le Réel en ce qu’il a d’insaisissable.

    Eric Barbier, octobre 2020

Le Verger abandonné – Bernard Fournier

Michel Diaz, Le Verger abandonné, préface de David Le Breton, éd. Musimot, 2020.

Lecture par Bernard Fournier. Note à paraître dans le N° 77 de Poésie/première

Revisiter les mythes est une tentation littéraire des plus anciennes. Sans doute aussi vieille que les mythes eux-mêmes. Le poète contemporain trouve donc dans les légendes archaïques des éléments pour éclairer notre présent et peut-être aussi notre avenir.

Michel Diaz revient ainsi sur l’Odyssée, sur le personnage d’Ulysse, de sa femme Pénélope, de son fils Télémaque et de son père Laërte. A part ces noms, nous n’avons aucun décor, un peu de mer, peut-être, une île, rarement des dieux, et pas de guerre. C’est dire que l’Odyssée de Michel Diaz est tout intérieure. Il s’agit d’une réflexion sur la fin d’une vie, sur la fin d’un voyage, sur la fin d’une errance qui prend la forme d’un recueil épistolaire. Sept lettres à Pénélope, six à Laërte, cinq à Télémaque. Et c’est Ulysse, bien évidemment, qui parle, qui s’entretient avec ses êtres aimés.

Un lieu, cependant, se révèle important, c’est le verger d’Ulysse, mis en valeur dès le titre, dont on ne se souvient pas qu’il en soit beaucoup question dans L’Odyssée qui en est même son contraire. À part quelques évocations de fruits ou d’arbres, Homèren’est pas vraiment prolixe dans l’art de la fructification. On a là un parti pris radicalement opposé à celui d’Homère et l’on voit mal Ulysse se transformer en arboriculteur. Mais il est vrai qu’à la fin de L’Odyssée, on voit Ulysse avec une rame sur l’épaule étonner les paysans qui n’ont jamais vu la mer. Mais que fait-il après, jusqu’à la fin de sa vie ? Cultive-t-il son jardin ? La question ne se pose pas plus chez Homère que chez Diaz.

Ce verger est aussi celui du jardin d’Éden auquel on ne peut pas ne pas penser. Il est abandonné, voué aux ravages du temps ; simplement laissé à l’avenir du fils qui en fera ce qu’il voudra. Les pommes qui viendront auront toujours ce goût de la connaissance. Ce n’est plus un paradis, mais une friche prête pour l’avenir.

Michel Diaz, alors, nous propose sa propre lecture du mythe pour nous intéresser à ce verger qu’Ulysse a laissé dans son Ithaque. Il est vrai qu’Ulysse est roi dans son pays et qu’il avait pour charge de le faire prospérer. On s’interrogera à bon droit de cette « fausse route » si je puis m’exprimer ainsi, de cette déviation par rapporte à l’original, de cette déviance. Ainsi la part de liberté de l’auteur vis-à-vis du premier texte est-elle grande, que ce soit dans cette déviance ou dans la forme quand Ulysse parle par lettres interposées.

Mais alors, de quoi ce verger est-il le nom ? Il fonctionne comme une métaphore : érotique vis-à-vis de Pénélope, jardin en friches qui ne reçoit plus les soins de son maître ; mobilière vis-à-vis de Télémaque qui le reçoit en héritage ; et philosophique vis-à-vis de Laërte auprès de qui il revendique sa liberté.

Serait-il davantage amoureux de son verger que de Pénélope ? On pourrait le penser tant il avertit Pénélope que d’abord il pense à cette terre. « J’ai besoin de mes arbres, entends-tu ?… Un besoin absolu qui bat au fond de tout mon être comme les ailes d’un oiseau nocturne. » Ce sont eux qui seront le messager de ses pensées. Et pourtant Ulysse les abandonne, il laisse son verger et sa femme à la merci du temps. Et pourtant Ulysse demeure amoureux : « si faible est la distance entre nos corps malgré le temps qui nous sépare. » Il abolit l’espace. Il abolit le temps : « les années sont là, non entre nous, mais en nous rassemblés ». C’est un bel effet de style que de faire ainsi du temps non une adversité mais un atout pour le couple qui se construit au fur et à mesure des années, même si, comme Ulysse, le temps l’emporte loin du foyer. L’élément primordial demeure la fidélité de la pensée qui dépasse les frontières temporelles. C’est pourquoi c’est Ulysse l’exilé qui parle ici. L’exilé, le banni des Dieux, le rejeté des hommes. Mais pas l’oublieux.

Ces lettres s’offrent alors comme une réflexion intérieure ; Ulysse s’adresse à lui-même plutôt qu’à ses êtres chers : « Fin du jour et commencement de la solitude sont ici les bornes égales auxquelles le regard se blesse, au risque de son cri. » Bien sûr, c’est le poète qui parle derrière Ulysse et ses mots nous emmènent vers une autre odyssée, tout intérieure et tout à fait contemporaine : « le chemin qui nous mène d’un bout à l’autre n’est-il pas fait pour qu’on pose toujours les mêmes questions, qu’on sonde dans la même et toujours douloureuse recherche de Soi et de l’Autre ? … » Cette réflexion est à vrai dire universelle, intemporelle, qu’elle provienne d’Ulysse ou de Michel Diaz.

Elle se termine par cette réflexion désabusée : « Vivre, après tout, n’est sûrement rien d’autre que suivre ce chemin qui va de nulle part à nulle part. » Voyager est inutile. Inutiles sont les paysages. Vivre n’est rien et n’apporte aucune connaissance : « je n’ai pas plus appris que ce que l’on apprend à côté d’une source sans eau. » Il faudrait donc tout un livre pour aboutir à cette négation de la vie ? N’y aurait-il rien d’autre à faire qu’à imiter l’ermite et le sédentaire ? La nuit tombe, « Fin du jour et commencement de la solitude sont ici les bornes égales auxquelles le regard se blesse, au risque de son cri. » Le poète s’enferme entre les quatre coins du jour, du mur et de son esprit. La voix se brise aux angles et le cri se déchire aux fenêtres.

Dans cette chambre obscure Ulysse atteint, perçoit le monde infernal : « Car nous sommes ici du côté des fantômes, des mots qu’ils nous adressent. » Les âmes qui nous parlent et à qui nous ne savons pas répondre parce que nous ne sommes pas du même monde, nous les aimons autant qu’elles ne sont plus là. Mais Ulysse est bien déjà dans cet autre monde, et c’est pourquoi il entend ces voix d’outre-tombe.

Cependant, le poète quand il parvient à sortir de sa chambre, de son bureau, de son cabinet, est sauvé par les mots qui construisent et bornent son paysage : « Je te livre ces réflexions telles qu’elles sont venues à mon esprit à mesure que j’avançais, mais se consolidaient comme un muret que l’on bâtit contre le vent, pierre sur pierre. » Le poète est un marcheur, un errant comme Ulysse, infatigable, obstiné, et cette marche rythme la parole, l’écriture. Même si cette progression est tout intérieure, le rythme est là qui fait progresser l’écriture.

Mais il y a encore davantage quand le poète nous surprend à la fin livre : Ulysse ne reviendra pas. Voilà en effet une fameuse invention de la part du poète que d’imaginer le non-retour d’Ulysse alors que les belles pages de l’Odyssée nous montrent le chien Argos retrouvant son maître malgré son déguisement, et surtout le tragique meurtre des prétendants. Et l’on comprend mieux alors l’abandon du verger, l’abandon des siens, l’abandon d’une partie de soi. Ulysse demeure seul, restera seul ; en effet dans l’imaginaire de la réception de L’Odyssée, il n’est question que de la solitude du héros, certes avec le but de rejoindre sa patrie et sa femme, mais d’une solitude accrue par l’errance quand ce n’est pas l’errance elle-même qui la conforte et la constitue. Malgré cette déviance, il y a une réelle fidélité au mythe.

Michel Diaz invente même une nouvelle aventure pour le héros d’Homère, celle de la découverte d’une autre île « ultime lieu d’avant cette lumière ». Et cette île elle-même devient alors le symbole même de l’errance qui n’est pas une fuite mais bien plutôt une quête, territoriale, temporelle et identitaire, littéralement une utopie. Quête vivifiée par l’amour qui offre de « déposer la cendre de nos yeux et celle de nos gestes dans la boîte en argent du temps » pour sauver la mort.

En réalité, Ulysse et ses voyages sont la métaphore même, le symbole de l’interrogation humaine, existentielle. Et comme cette interrogation dépasse toutes les frontières, l’homme se doit à une réinvention. Chez Michel Diaz, il y a d’abord cette focalisation sur le verger, qui n’est pas des moindres. Mais, davantage, et tout simplement j’allais dire, il y a le style. Nous avons affaire ici à un véritable poème. En prose, mais poème tout de même, sensible par le rythme, le vocabulaire et les effets prosodiques : « Le jour est si étroit pourtant qu’à grand peine s’y glisse la voix, s’y faufilent les gestes, s’y épuisent les yeux. » On retient ici le rythme ternaire qui soutient une métaphore entre la clarté et les sens.

David Le Breton nous rappelle dans sa préface le mot d’Edmond Jabès : « Le lieu, véritable est-il dans l’absence de tout lieu ? » et nous dit : « Telle est l’incise du texte de Michel Diaz de laisser dans l’esprit du lecteur un étonnement, un déséquilibre qui en fait tout le prix. »

Bernard Fournier, novembre 2020