Le verbe et l’hameçon – Michel Diaz (1977)

Le verbe et l'hameçon

Extrait du texte :

Le premier orateur : Notre but, maintenant, est de créer un nouvel ordre de choses tel qu’une pente universelle vers le Bien s’établisse, tel que les factions se trouvent tout à coup lancées vers l’échafaud ! tel qu’une mâle énergie incline l’esprit de toute la Nation vers la Justice, tel que nous obtenions dans l’intérieur le calme et la sécurité nécessaires pour fonder la félicité du peuple ! La sécurité aussi contre ceux qui, logés comme un ver dans la pomme, nous pourrissent de l’intérieur !

Longues ovations

… Notre pouvoir à nous est une forme d’organisation de la dictature du prolétariat ! Mais la dictature est un vilain mot ! Et il ne faut pas jeter de tels mots au vent ! La dictature que nous appelons est un pouvoir de fer, de hardiesse révolutionnaire, rapide et implacable dans la répression des exploiteurs aussi bien que des fauteurs de troubles ! Si notre pouvoir est trop doux, il passera pour mou, il ressemblera plus souvent à une bouillie qu’à du fer !

Longues ovations

… Ainsi, celui qui enfreindra la discipline du travail, et dans quelque entreprise que ce soit, qui perturbera les rouages de l’ordre indispensable à la production des richesses communes, sera tenu pour responsable de la famine et du chômage, et le coupable, on devra le trouver, le faire juger par un tribunal et le châtier impitoyablement !

Longues ovations

… Mais si nous devons traquer l’ennemi intérieur, que nous n’hésiterons pas à qualifier de « terroriste », et réduire à néant son activité pernicieuse, l’ennemi extérieur, je désigne par là l’ensemble des nations hostiles à nos valeurs et à nos libertés, et je désigne plus précisément ces Etats composés d’une bande d’individus fanatiques qui n’ont pour seule foi que leur obscurantisme et pour seul objectif que la soumission de l’Esprit que nous ont légué les Lumières, cet ennemi-là, sachez-le, nous devons le combattre aussi, car il met au point contre nous une politique de longue usure, à seule fin de nuire à ce qui constitue les fondements mêmes de notre Civilisation !

Silence dans la foule., la voix de l’orateur résonne de façon impressionnante

… Et si notre pays, poussé à bout par les perfidies étrangères, leur volonté de mort, décidait un beau jour d’entrer dans un conflit coûteux mais nécessaire ? Nous ne saurions, c’est évident, considérer la guerre en soi comme un bienfait, ni confondre les raisons profondes qui l’ont déclenchée avec les bénéfices secondaires qui nécessairement en découlent, et moins encore la justifier au nom  de conséquences multiples et positives !… C’est pourquoi nous ferons tout ce que nous pourrons pour éviter pareil fléau !

Ovations

… Mais la guerre, il est vrai, ce n’est pas seulement le rempart de nos libertés ! Elle est, ne nous le cachons pas, un facteur inégalable de progrès technique, industriel, économique, social et idéologique ! Un moyen de rouvrir nos mines, nos fonderies, nos forges, nos usines, de redonner au plus grand nombre d’entre vous ce travail qu’ils attendent en vain ! Et par ce moyen-là, si nous nous en servions avec talent, et si nous remportions une juste victoire, nous pourrions implanter partout, bien au-delà de nos frontières, cet inégalable Idéal de Justice et de Paix pour lequel nous avons lutté et lutterons toujours ! Ainsi le monde nous verrait, tel un semeur opiniâtre, jeter ici et là, sur tous les peuples à la fois, cette graine si prometteuse, et qui serait pour nous l’assurance d’une fructueuse moisson !

[…]

 

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