Mise en demeure – Michel Diaz (1975)

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Mise en demeure, recueil de poèmes (1975), 74 pages, de Michel Diaz

Editions Pierre-Jean Oswald, Paris, 1975

« Mettre en demeure » c’est, selon l’expression juridique, sommer un débiteur d’acquitter ses dettes. C’était, dans ce recueil à la poésie tâtonnante (le premier publié, qui le demeurera longtemps, volontairement oublié), sommer les mots de la parole de s’extraire de leur silence, de transgresser sa règle de non-dire ou d’aphasie des choses. Car il y a (ce n’était alors qu’un pressentiment) un absolu de silence, voire de mutisme, à quoi se rattache le poème, comme à une fatalité contractée et transcendante… Un mot, un autre, plusieurs autres : il s’agissait là de l’activation trépidante de quelque chose qui appartenait encore au silence, à l’eau descendue ou tombée de son puits, quand la pierre jetée est aussi celle qui porte le signe, la formule de salut.  Parole qui allait , filant devant, trouée vers cette part (donnée ou non) de l’inconnaissable, et cherchait d’abord non le sens, mais un rythme, la « mesure » du vers qui appellerait les mots, les ordonnerait d’après l’accent, le nombre, les sons, traquant les harmonies cachées entre le son et le sens.

Et devant le spectacle d’une monde qui, déjà, me semblait courir à sa perte, d’une humanité s’effondrant sur le lit de son propre désastre, il me semblait que l’un de nos derniers espoirs était que la parole s’obstinât, encore et toujours, à bâtir sa demeure : cette musique encore dans les mots, ensemble de sonorités, de rythmes, d’harmonies syntaxiques et imagées qui touchent presque à la physiologie de l’individu et par lesquels nous rejoignons le plus précieux de notre humanité auquel on peut donner le nom de « chant ». Vaste programme !… Il n’en resterait que des mots blessés, non exactement reniés, mais chargés du regret de n’avoir pu trouver la voix qui aurait aimé les porter à plus d’incandescence.

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