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Samedi 11 Octobre 2014 – Lecture/dédicace à La Boite Noire

Affiche Expo Bouro
Michel Diaz & Laurent Bouro
Samedi 11 Octobre
– 18h00 – Lecture de Michel Diaz à La Boîte Noire.
Espace de Créations Contemporaines – 59, rue du Grand Marché, 37000 Tours
Dans le cadre d’Au coeur de la matière expo du peintre Laurent Bouro
et de la sortie de « Sans Titre 2 (Approches du visage)» livre de Michel Diaz et Laurent Bouro.

Exposition 10 Octobre au 1er Novembre 2014
Ouvertures : du mercredi au samedi de 11h à 19h

Michel & Laurent

Sans Titre 2, Approches du visage – Michel Diaz – Laurent Bouro (sept. 2014)

Sans titre Peinture et texteSANS TITRE 2 – (Approches du visage) – Editions Label-Martin Decrouy (2014)

Peintures de Laurent BOURO, textes de Michel DIAZ

Présentation de l’ouvrage:

Depuis quelques années, dans les textes qu’il a consacrés à d’autres artistes, photographes ou peintres, Michel Diaz interroge, à travers leurs images, ce qui, au-delà du regard, constitue la part la moins saisissable de l’intimité du réel.
Depuis quelques années, dans un style proche de l’expressionnisme, violent, fougueux et sans concessions, Laurent Bouro explore le visage humain, obsessionnellement. Son œuvre est peuplée de visages imprenables, effacés et empreints d’une profonde solitude intérieure, pleine de silences vibratoires.
Les portraits de L. Bouro, comme le souligne l’auteur, posent l’éternelle question de la figuration originelle du visage et de son impossible représentation, tout comme ils posent l’énigme que constitue le visage de « l’autre ».
Pour toucher du doigt ces visages et en déchiffrer le silence, M. Diaz réussit le pari d’apaiser les masques de l’effroi et de lentement soulever leur voile de mutisme, de les ouvrir à ce qui fonde notre humanité. Car c’est toujours du noir que jaillit la lumière.

Agathe Place, préfacière de l’ouvrage

*   *   *

Extrait de l’ouvrage (p. 10):

   A chaque pas qu’on fait, croyant d’abord s’en approcher, celui qui se tient là recule, nous maintenant toujours à la lisière d’une vérité indéfiniment compromise – qu’on soupçonne bientôt d’être l’exercice d’un jeu cruel. Chemins vers ce qui nous ressemble, qui ne devraient qu’être évidence et qui ne sont qu’énigme.

     Impassible visage d’idole dont les portes sont gardées closes par un mur empierré de silence et un nœud informe de fil de fer. Scellées à toute approche, comme une mortelle demeure.

     Visage d’outre-ici dont on hésite prudemment à interroger le regard, à braver les yeux sans lumière, et devant lequel on se tient comme sur un bord abrupt de falaise. Sans trouver ce foyer de clarté autour duquel s’ordonne toute vie.

     Visage ancré, tous feux éteints, dans la rade grise de son absence et les anfractuosités profondes de son crépuscule, faisant corps avec la distance qui le sépare de ce nom auquel nous ne pouvons donner que celui qui s’écrit sans nous, quelque part dans ce tremblement de l’air et dans l’inaudible murmure de ses syllabes.

     Visage qui demeure, en vérité, non vraiment dans l’absence, mais plutôt dans l’étrange existence de son retrait du monde, comme un couteau planté au cœur de nos questions. 

     Lourd de l’inconnaissable qui émerge du fond de nos sommeils.

*   *   *

Format 21×14,8cm, 40 pages – Editeur label-Martin Decrouy, Paris – ISBN:978-2-9544501-1-7
Prix vente public : 15 €.
Bibliophilie : cette édition comporte un tirage de tête de 25 exemplaires accompagnés d’une encre originale de l’artiste.

Pour commander l’ouvrage, écrire à l’éditeur (frais de port 1 €): Editions label-Martin Decrouy, 1 place Rodin – 75016 PARIS

En dépôt à la galerie La Boîte noire, 59 rue de la Victoire, Tours 

 

Sans titre 2 couverture

Cher Michel Diaz,
Merci pour votre nouvelle note de lecture, que je retiens pour publication in Diérèse opus 78. Vous dire aussi combien j’ai apprécié votre livret « Sans titre », où la lumière le dispute superbement à l’ombre (j’ai repensé, le lisant, au livre de Christian Bobin paru aux Lettres Vives, « L’Autre visage »). J’en retiens cette phrase : « La cécité, parfois, est signe de voyance, chemin vers ce rivage dont nous sommes d’abord exilés. » J’y ai retrouvé des images qui me parlent directement, cette part manquante qui est l’objet votre quête (notre lot commun).
Très cordialement,
Daniel MartinezDiérèse et les Deux-Siciles

Vendredi 10 Octobre – Vernissage à La Boite Noire. Dédicace le Samedi 11.

Affiche Expo Bouro

Vendredi 10 Octobre – 18h00

Vernissage de « Au coeur de la matière » exposition du peintre Laurent Bouro.
Avec présentation de « Sans Titre 2 (Approches du visage)» livre de Michel Diaz et Laurent Bouro.

Après-midi dédicace Samedi 11 Octobre de 16H à 18H
Lecture de Michel Diaz à 18h00.

Exposition 10 Octobre au 1er Novembre 2014
Ouvertures : du mercredi au samedi de 11h à 19h

LA BOITE NOIRE
Espace de Créations Contemporaines
59, rue du Grand Marché, 37000 TOURS

Sans Titres 2

Autour de quelques tableaux de Thierry Dussac – Sept 2014

Thierry Dussac affiche

A propos de l’exposition de Thierry Dussac à La Guerche en septembre-octobre 2014

[Les mots qui suivent, fruit de ma lecture personnelle de ces œuvres, qui n’engage par conséquent que moi seul et ma propre subjectivité, ne concernent essentiellement que les tableaux si percutants/bouleversants qui représentent des fœtus humains.]

 

petit être

non advenu
promis au n’être-pas
tas de viscères en bataille

apparu un instant
sur le théâtre de la toile
émergé du néant informe où il est déjà retourné

ces coulisses de l’avant-monde
qui toujours prétendra l’ignorer

le voici

entre cri de détresse et rire d’infortune,
comme un éclair sans suite dans la nuit
avant de disparaître du décor

petit être non-né

sans visage ni nom

à peine yeux et bouche
et corps et membres à peine

si peu, et insuffisamment
pour craindre et espérer

le voici, petit être

exposé dans sa mort encore fraîche, fruit d’une étreinte hâtive de cellules (qu’on imagine commandée par des doigts de latex )
yeux clos, scellés sur son retrait, sans visage ni nom, regard cristallisé sous la peau diaphane de ses paupières,
qu’on devine s’ouvrant là-bas sur un ici qui n’est rien qu’un ailleurs sans date ni mémoire et ne répondant à rien d’autre qu’à l’appel insondable du vide

le voici

dérivant dans sa mort immortelle, béatitude indifférente, corps aboli privé de sens, éclairé d’un jour minéral

trois gouttes de lumière froide et impalpable – clarté taillée à pic environnée d’immense solitude

mais visage donné à voir,
qui vient du fond des temps contre le mien
le voici suspendu dans sa halte terrible, l’excès inattendu de sa présence, son inaccessible proximité, surnageant dans les eaux primordiales et dans sa configuration inaccomplie,
naufragé au cœur de ses limbes (habitant ce foyer de silence comme un rêve au bord des paupières, un mot juste posé sur le bout de la langue, blanc d’une phrase inachevée )

marée d’effroi,

sollicitude étrange
que je psalmodie seul
le temps l’héberge maintenant dans sa trouée obscure, rature désolée d’une douleur sans nom,
prisonnier des lacets de fer de la profanation qui tenaillent toute parole d’hommage feint
ou de pitié
mon injonction absurde est de baisser les yeux
comme on veut ramper sur le sable

mais un rideau se lève comme fait la pensée rêveuse, sur une terre aride, à la marge du puits
(grincement dans les gonds du langage qui tenterait de dire comment l’Homme se lave les mains dans la cendre froide de toute passion

celle d’abord de les salir aux entrailles sanglantes du monde et au noir incendie de sa destruction, sacrifiant à la loi du nombre et aux yeux grand ouverts de la foule sur ses désirs )

maintenant le rideau se lève sur les tremblements du corps et de l’âme, sur cette angoisse acide et trouble

ces heurts indescriptibles de l’esprit où s’avance l’Homme à tâtons, écoutant craquer tous ses os, comme pris dans les nœuds de ses propres ténèbres, seulement éclairé de l’éclat du malheur

les yeux noirs de l’obscurité qui y règne
au plus fort de la nuit comme du jour

entendez-vous
comme moi je l’entends
quand la guerre étrangle le monde ?
le choc des armes arrache encore des éclairs à la peur, des étincelles tristes à la nuit, une plainte, un gémissement aux bouches meurtries
mais le futur est une ville en ruines aux pierres consumées, rien qu’une Babylone aux terrasses détruites, aux jardins dévastés

te voilà exposé disais-je, parade de nos épouvantes, syllabe sans consonne ni voyelle, dans l’insoutenable énoncé de tout nom
comme tas de matière première, corvéable à merci et vendue aux marchands d’éternelle jeunesse,
viande promise d’animal humain aux épiciers d’organes toujours neufs, aux boutiquiers de l’immortalité,
aux étals de tous nos caprices, aux banquets foisonnants de la faim, au jet de sang de toutes les révoltes,
à la multitude féroce des yeux immenses mais somnolents qui ne voient pas venir la fin d’un monde qui trébuche en bordure d’abîme et vacille dans sa folie

à travers tes paupières mi-closes, tu regardes à perte de ciel, comme un devin le scrute, comme éclat de roche céleste qui cingle aveugle vers le cri, morceau d’étoile qui scintille dans le trou béant du cratère, son lac de bave pétrifiée
blessure clignotante et pareille à un astre de glace, tu me contemples au fond des yeux de ton premier regard

et ton regard se prend au mien, maintenant suspendu comme à la lune qui suspend la voûte de la mer et avec moi tout l’univers que tu prends à témoin

dans ton œil maintenant grand ouvert,
l’écume des questions chante le chant de la nuit qui va toujours s’épaississant et qui sans doute aura raison de nous

tu es
je suis
voilà

la vie passe et repasse là où il n’y avait rien,
et moi-même comment me garder de la mort ?

dors, petit être,
dans le si lent amour, dans la grâce des choses qui si bien se complètent
je t’imagine vivre de la vie des feuilles, des herbes familières, des grands trains dans la brume, des couleurs éclatantes, du bonheur subtil de l’oiseau ou du chuchotis d’un ruisseau,
parmi les formes balsamiques de l’illusion, les cailloux d’ambre et de silex,
toujours dans le mystère étonnamment

peut-on rêver plus belle sépulture ?
car il se peut que ce qui semble ne pas exister soit la seule véritable existence,
il se peut qu’ici rien ne soit réel

rien ne subsistera sans doute que la Terre, mère éternellement vierge

les fleuves incessants, vie et mort en maraude parmi les arbres et les herbes où les oiseaux sauvages déposeront leur œufs, et dans l’air dards et ailes bourdonnantes à la lumière intacte du soleil

la lumière obscure du sens
que tu pourras fixer, yeux dans les yeux,
sans cligner un instant des paupières

dors, petit être,

le vent le sait qui passe,
et le chemin aussi qui tourne et fuit
rien ne subsistera,
dans les siècles des siècles,
que ton absence et sa transparence d’agate pure

au midi recueilli de l’oubli

et la paix du temps sans limite

12-17 Septembre 2014

Thierry Dussac portrait-Photo-Thierry Borredon

 

Postface – Juste au-delà des yeux

Postface à Juste au-delà des yeux (Ed. La Simarre-Christian Pirot, 2013) – textes de Michel Diaz – images de Pierre Fuentes

Ce qui, en tout premier lieu, m’a séduit dans ce travail de Pierre Fuentes, c’est cette proximité amicale avec les sujets qu’il photographie, sa façon de les regarder, avec bienveillance, émotion et tendresse, qu’ils soient coings, potirons, grenades, poivrons ou tomates… Sa volonté aussi, dans le choix des angles de vue, celui des attitudes de la « pose » et le traitement de la lumière, de donner à chacun sa chance de se singulariser, de s’offrir à nos yeux en tant qu’individu unique; comme s’il s’agissait de faire le portrait de personnages humains. Et, en effet, le regard de l’artiste « humanise » ces « choses » (qui, tout autant que nous, nous rappelle-t-il, naissent, vivent et meurent, semblent souffrir aussi), en fait des êtres à part entière au sort desquels nous ne pouvons rester indifférents.

En cela, nous avons affaire ici à ce qu’il ne serait pas abusif d’appeler des « natures vivantes ».

L’intérêt, en deuxième lieu, de ces photos dont aucune d’elles ne fait redondance par rapport à celles qui redoublent le modèle ou exploitent un autre de même nature, intérêt qui participe de leur esthétique, c’est le travail de « mise en scène » opéré à partir, ou autour de la plupart de ces individus-sujets. Exercice de « dramatisation » qui fait de chacun de ces « personnages » l’acteur d’une histoire où il tient le premier (et presque toujours unique) rôle, et l’assure avec fermeté.

Que nous soyons dans le registre de la méditation, prière, voire contemplation, dans ceux du drame ou de la tragédie, ou d’une autre forme de violence, c’est toujours, en fin de compte, par le truchement de la mimesis, à une confrontation avec notre condition de vivants que nous sommes conviés, au constat des ravages du temps et au spectacle de la destruction qui, métaphoriquement, ici, en propose les actes, de l’exposition jusqu’au dénouement, où nous reconnaissons que vie et mort sont jumelles et complices indestructiblement mêlées.

Face aux sujets représentés sur ces images , en vérité face à nous-mêmes, nous ne pouvons, me semble-t-il, qu’essayer de poser des mots sur nos propres angoisses et incertitudes, nos propres interrogations, y chercher des chemins plus profonds, d’apaisement et de sérénité. Et ces images-là, soyons-en sûrs, nous aident à ouvrir ces pistes.

Michel Diaz