Postface – Juste au-delà des yeux

Postface à Juste au-delà des yeux (Ed. La Simarre-Christian Pirot, 2013) – textes de Michel Diaz – images de Pierre Fuentes

Ce qui, en tout premier lieu, m’a séduit dans ce travail de Pierre Fuentes, c’est cette proximité amicale avec les sujets qu’il photographie, sa façon de les regarder, avec bienveillance, émotion et tendresse, qu’ils soient coings, potirons, grenades, poivrons ou tomates… Sa volonté aussi, dans le choix des angles de vue, celui des attitudes de la « pose » et le traitement de la lumière, de donner à chacun sa chance de se singulariser, de s’offrir à nos yeux en tant qu’individu unique; comme s’il s’agissait de faire le portrait de personnages humains. Et, en effet, le regard de l’artiste « humanise » ces « choses » (qui, tout autant que nous, nous rappelle-t-il, naissent, vivent et meurent, semblent souffrir aussi), en fait des êtres à part entière au sort desquels nous ne pouvons rester indifférents.

En cela, nous avons affaire ici à ce qu’il ne serait pas abusif d’appeler des « natures vivantes ».

L’intérêt, en deuxième lieu, de ces photos dont aucune d’elles ne fait redondance par rapport à celles qui redoublent le modèle ou exploitent un autre de même nature, intérêt qui participe de leur esthétique, c’est le travail de « mise en scène » opéré à partir, ou autour de la plupart de ces individus-sujets. Exercice de « dramatisation » qui fait de chacun de ces « personnages » l’acteur d’une histoire où il tient le premier (et presque toujours unique) rôle, et l’assure avec fermeté.

Que nous soyons dans le registre de la méditation, prière, voire contemplation, dans ceux du drame ou de la tragédie, ou d’une autre forme de violence, c’est toujours, en fin de compte, par le truchement de la mimesis, à une confrontation avec notre condition de vivants que nous sommes conviés, au constat des ravages du temps et au spectacle de la destruction qui, métaphoriquement, ici, en propose les actes, de l’exposition jusqu’au dénouement, où nous reconnaissons que vie et mort sont jumelles et complices indestructiblement mêlées.

Face aux sujets représentés sur ces images , en vérité face à nous-mêmes, nous ne pouvons, me semble-t-il, qu’essayer de poser des mots sur nos propres angoisses et incertitudes, nos propres interrogations, y chercher des chemins plus profonds, d’apaisement et de sérénité. Et ces images-là, soyons-en sûrs, nous aident à ouvrir ces pistes.

Michel Diaz

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