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Les entrefaits – Le quatuor d’Arnal

Article de Marc Wetzel, publié in Traversées (octobre 2024)

QUATUOR D’ARNAL – Les entrefaits – À l’index, octobre 2024, 110 pages, 15€

    » … vers une sorte d’idéal poétique : non pas celui de l’écriture d’un poème anonyme, mais celui de l’invention d’un poète qui ne porterait pas de nom« 

                                                                        (Yves Arauxo, p.47)

   «  Ainsi le poème se crée-t-il de lui-même, sans tenir compte de notre vouloir« 

                                                                         (Myette Ronday, p.9)

   C’est un livre à plusieurs, et même à deux fois plusieurs (quatre dames poètes en première partie, quatre messieurs en seconde – construisant, dans la plus stricte des fantaisies, des poèmes de douze lignes, trente-quatre fois les femmes, cinquante-quatre les hommes). Chaque poème a ses quatre auteurs, à règles immuables : A lance une première ligne, B une deuxième, C la suivante; D la quatrième, A la cinquième, B la sixième … et D la douzième. On alterne, méthodiquement, mais on ne sait jamais qui est ici A, ni B etc. Chacun, après le premier, lit ce qui précède et continue, cumulativement, ce qu’il sait pouvoir y deviner et sent devoir en relancer. Honneur, donc, aux dames, moins prolixes ; puis les hommes qui, courtoisement, piaffaient, besace pleine.

  Cela promet, bien sûr, un livre artificieux, frivole, inégal, complaisant et inutile. On observe d’abord sans confiance ni tendresse ces histrions lyriques, ces voyants intermittents, ces relayeurs de l’âme. On trouverait même logique et juste qu’ils échouent, et, le surprenant auteur une fois saisi (le poète Jean-Pierre Otte, qui présente l’affaire, vit au Mas d’Arnal à Larnagol – Lot -, avec Myette Ronday, et chacun des deux y aura choisi son propre trio d’appui), le titre secret à peu près déchiffré ( « sur ces entrefaites » signifierait : dans les intervalles  de temps ou de lieu disponibles, mais ce sont bien des « entrefaits » qui sont écrits ici, par des esprits qui, différents, soignent leurs intervalles, mais, alliés ou amis, savent user de ce qui les sépare), on s’apprête à logiquement baîller et spontanément ricaner, en tout cas sévèrement juger – quand du miracle a soudain lieu : ça tient, ça avance, ça convainc ! Oui, ces poèmes « entrefaits » sont faits (et bien faits) entre quatre tempes, découvrant leur inattendue authenticité, leur imprévu profit, et d’abord leur collective et réjouissante sagacité. Poèmes alternant yeux (ou oreilles ?) et mains, comme prodigues interprétations et sûres relances, en « quatuors » d’un genre puis de l’autre, par des auteurs se faisant à la fois singuliers et solidaires, effacés et suggestifs, rivaux et complices, vigilants et inspirés. (« Fertilité dans l’intervalle« , écrit, à bon droit, Jean-Pierre Otte dans le bref Avant-propos p.5). Cela donne, chez nos dames, (pages 9 à 44) quelque chose comme ceci (p.24) :

« La sève du vivant en d’infimes royaumes

Repousse sa lente décomposition

Et de l’âme attendrit la matière.

Au bout de la branche comme à la pointe du sexe,

En équilibre fragile sur de puissants embruns,

Le destin est entravé par l’unique intention de féconder.

La nature entraîne toute vie dans son cortège dionysiaque.

Et moi, en ce printemps tragique, je danse et prends feu,

Je virevolte d’insolence et de douce langueur.

Dans un cycle qui ne m’appartient pas,

Solaire et porteur de tempêtes géomagnétiques,

Je m’abandonne enfin et la terre chante en moi« .

Et, chez nos messieurs, (pages 47 à 102), autre chose, comme ça (p.57) :

« Celui qui porte sa vie comme un simple vêtement

Mesure mètre à mètre les blessures de son coeur

Et dissimule dans ses plis les images de

Sa douleur, faites de plaies et cicatrices.

Il cherche des mots pour exprimer son silence,

Ne trouve rien d’autre que son reflet

Et le reflet même des rivières oubliées.

À quoi sert-il encore de trafiquer son âme

Si l’âme des tripots ne sert que le hasard ?

Peut-être faut-il alors marcher nu,

Vêtu seulement de l’ombre qui tombe des arbres

Quand il serait peut-être plus aisé de mourir. »  

   L’avantage d’écrire à quatre esprits, et dans un ordre réglé de sorte à neutraliser les contacts, les interférences, les pressions, et de promouvoir, au lieu de l’habituelle suite des idées dans un cerveau, la poursuite d’une idée dans la ronde des cerveaux, c’est l’égale répartition du risque (partager sa tour d’ivoire) et de l’aventureuse finalité (accoucher à quatre d’un orphelin, taré comme génial). Ces deux groupes de quatre auteurs se connaissent, se sont choisis, se font confiance, s’apprécient (chacun sait bien qu’il ne comptera pour les autres qu’autant qu’il admettra de compter sur eux) – mais veulent bien d’un exercice qui hérisse d’emblée tout poète normal : faire dépendre son inspiration du bon-vouloir des autres et son bon-vouloir de l’inspiration des autres, devoir écrire à son tour seulement (comme quatre factionnaires d’un chemin de ronde, se relayant mécaniquement à chaque angle droit de la forteresse – se privant ainsi du moindre Tout à soi seul !) et à la fois malgré et grâce à ce qu’on vient de lire. Pour le dire franchement, un style à quatre mains est aussi improbable qu’un autographe de menotté (aux autres) n’est ample et libre. Mais il y a du panache en chacun à prendre d’avance la responsabilité d’une idée aux trois-quarts (au moins !) étrangère, comme à se vouloir bien simples consoeurs de bric et de broc, ou confrères de bric-à-brac : le boudoir des dames sera débarras rigoureux, et fera cacophonie distinguée; le fumoir des messieurs causerie de ferrailleurs du sens autour d’une Muse hétéroclite. Et, même quand la réussite spirituelle est là, elle naîtra de l’heureux brouhaha d’un confessionnal encombré !

   C’est, quoi qu’il en soit, avec ce livre, l’invention d’un merveilleux exercice. L’occasion de questions fondamentales :

1) Quel premier vers ? Comment bien commencer un rêve qu’on ne continuera pas seul ? Doit-on scénariser l’accroche (« Depuis l’oeil-de-boeuf, le chat surveille le jardin« , p. 22; « Une cigarette de marque inconnue dans un cendrier Ricard« , p.30; « Apparut alors un homme qui n’était fait que de vitres« , p.55; « Quand cette fille glacée nous prendra par la main » (p.73) , au risque de tordre le poignet des scripteurs suivants – dont soi-même, quatre et huit lignes plus loin !). Faut-il privilégier la généralité imprécise mais polymorphe (« Ce qui s’atteint au moyen d’une échelle« , p.75; « Un ciel de traîne dans le mental« , p.85), le paradoxe subtil mais verrouillé (« Sur le point de ne jamais paraître« , p.77, « Quel bel avenir derrière nous« , p.79), le mince sentier assuré de se faire autoroute (« L’herbe longue accompagne la solitude des vieux murs« , p.40; « Il arrive parfois que la nuit mente au jour« ,p.62), le prometteur frisson d’alcôve (« Insolence narquoise du déhanchement« , p. 19; « Reflétée dans la psyché, sa vulve jusqu’ici explorée du doigt« , p.36; « Dans l’obscurité, une odeur de femme« , p.83), ou, tout bonnement, le vers digne de valoir poème (« Distrait, le jour descend parfois au fond des caves« , p.74) ? La réponse est que tout est bon pour qui sait suggérer d’aimer le suivre.

  2) Un deuxième vers doit-il prolonger (« Là-haut, pieds légers, âmes affranchies, gambadent nos aïeux./ La terre tremble à chacun de leurs mouvements désincarnés« , p.37), confirmer (« Le point du jour avait un goût de pain d’épices/ Et la lumière, celui d’une bière brune d’Irlande« , p.78), préciser (« Trois nuits et trois jours à battre la mesure,/ À contretemps d’un effondrement intime« , p.27) nuancer (« On se perdra au bout des peines, malgré l’horizon repoussé./ Parce que vivre est la grande aventure des perdants« , p.33) ,  ou déjà gauchir (« Donnons-lui un miroir en guise d’adieu,/ Un miroir où l’on peut dévisager son âme » p.91), combattre (« Immobile dans le libre courant de la rivière,/ Le cormoran résiste à l’attrait de son ombre. » p.28), voire transfigurer (« J’aimerais tout connaître des rêves de la chevêche,/ D’autant qu’elle est souvent apparue dans les miens.« , p.98) le premier ? La réponse est que tout ce qui fait intelligemment durer le désir plaît.

 3) Comment conclure, seul(e), un poème à quatre mains, sans faire ni le mariole, le comptable, le fossoyeur,  l’inspecteur des travaux finis, ni le Juge du dernier Jour ? Fermer un poème, est-ce en assurer l’inventaire (« Se dispensant ainsi d’en balayer les larmes« , p.68), claquer sa porte (« Les migrateurs y passent indifférents« , p.51), border tendrement son mystère (« Là se couchent les pierres, arrimées au ciel« , p.20), éclairer la pièce suivante (« Tapie dans l’obscur, la vérité lance un nouvel hameçon« , p.37), ou recoucher tranquillement tout le monde (« Celui qui triche ne trompe en fait que lui-même« , p.72) ? La réponse de nos messieurs et dames est que le bon dernier vers est celui auquel le poème qu’il achève donnera raison. Comme ce recueil donne à nos deux fois quatre (périlleux et pacifiques) jouteurs raison de l’avoir écrit.

  On ne saura certes pas davantage, lecture faite, si le sens transmissible de la vie est sceptre ou bâton merdeux, mais la double leçon de miséricordieuse sagesse que chacun(e) tire assez de l’existence humaine (admirer ce qui sut aller avant nous; aimer ce qui saura venir après) trouve ici, à chaque fin de ligne et début de la suivante, son honneur et son prix. Comme on voudra bien le méditer ici, successivement, en l’alerte et solidaire humour de quatre dames (Carmen Pennarum, Valérie Defrène, Valère-Marie Marchand, Myette Ronday), puis la conviviale et lucide finesse des quatre messieurs (Michel Diaz, Yves Arauxo, Jean-Claude Tardif, Jean-Pierre Otte) :

« Où mettre encore la clé de contact ?

Dans un sac banane, la poche contre le coeur,

Pour partir à reculons, aimer sans perdre la raison,

Et embrayer dans le roulement des heures.

Pourquoi ne pas mettre le doigt dans la plaie ?

Oser un démarrage comme un coup de sécateur,

Trouer les nuages pour atteindre l’azur de la pensée,

Avancer, explorer, sculpter l’ombre qui se distend.

Mais comment à tout instant retrouver l’élan premier

Sans se précipiter dans le vide comme Thelma & Louise ?

Comment accorder ce que chaque part dissonante réclame

Et finit par trouver sur les chemins qui nous inventent ? » (p.25) 

« La haie, qui sait, nous regarde ?

Les moineaux le savent et s’en étonnent.

Le paon, lui, avec des yeux partout

Qu’il rouvre à chaque lever du matin,

N’a pas besoin de se cacher pour voir.

Plus rien ne le surprend dans la roue de la vie.

Nous regardons le monde qui nous regarde

Et se demande qui pourrait vivre après nous.

Nous avons perdu de vue notre nombril,

Nous ne savons plus rien de nos corps éblouis.

Quant à l’oiseau-lyre qui a niché dans la haie,

Il chantera sans nous le poème du monde » (p.93)

Traverser l’obscur, lecture de Bernard Fournier

Traverser l’obscur

Michel Diaz

préface de Jean-Louis Bernard

éditions Musimot, 2024

Note de lecture publiée in Poésie sur Seine N° 113 (septembre 2024)

La réflexion de Michel Diaz est essentiellement un art poétique, dans le sens où il questionne sans cesse le langage et son rapport à la langue afin de trouver une réponse ontologique.

Le poème, ici, est incarné, véritablement, dans le corps ; le poète se compare même à un ruminant : « un silence/ où l’on mâche sa langue ». Le rapport à la langue s’effectue par le silence sans que ce soit un paradoxe ; c’est en rêvant, en contemplant, en réfléchissant que le poète se prépare à l’écriture : « il faut poser son front/ sur le front du silence/ pour entendre le sang du monde/ geindre au creux de nos veines » ; « il faut/ consentir à se perdre/ pour apprendre à se taire/ devenir peut-être muet ». On entend la modulation du « peut-être » qui laisse une porte ouverte. Jean-Louis Bernard, le préfacier, parle même de « nomadisation poétique ».

Il s’agit d’entendre et d’écouter ce qui se passe en soi avec « le regard du dedans » comme une référence à Henri Michaux.

De Michaux et des surréalistes, Michel Diaz retient la leçon des images qui sont souvent surprenantes : « déraison des horloges », « la terre des jours », « bracelets aux pluies […] la pierre des nuits », « la barque d’un visage »; « autant d’images/ évidentes et mystérieuses » dit-il, dont il faut chercher la signification dans le processus d’« une écriture qui n’en finit pas/ dont on ne sait pas lire/ ce qui est écrit ».

Ces images viennent du plus loin de soi où « notre mémoire/ est plus ancienne que nous-même »; c’est pourquoi Michel Diaz interroge les ancêtres : « vous seriez -/ qui n’êtes plus/ présences de si peu de poids/ les fantômes de toutes les guerres » pour une simple leçon : « il n’y a en fait d’aventure/ que celle de rester vivant » à « écouter simplement/ le bruissement de l’eau / le crissement du sable ».

L’entreprise serait assurément facile si la contemplation était possible, si elle suffisait ; mais les mots se présentent et avec eux le combat dans la douleur pour trouver l’expression qui résumerait le mieux le sentiment. Devant cette difficulté, le poète demeure dans une certaine « mélancolie créatrice », cherchant à « être libre sans jamais/ trouver la clé du livre/ qui devrait le délivrer »; au-delà des jeux sonores, mais avec eux, c’est précisément l’exploration du grain de la langue à laquelle Michel Diaz se voue et dans laquelle il espère trouver la formule.

C’est pourquoi à travers les titres, se dessine une expérience existentielle et donc poétique, celle des « leçons de ténèbres » quand il s’agit de « traverser l’obscur » en soi pour « Être là », « Comme une porte au vent », « Quand l’ombre dissout les pierres ». Demeure la lumière atteinte, acquise, accessible, à l’instar de la photographie de Marie-Pierre Forrat qui englobe la couverture du livre.

Bernard Fournier, juillet 2024

Cousu, décousu, profil perdu – Françoise Le Bouar

Cousu, décousu, profil perdu

Françoise Le Bouar

L’Herbe qui tremble (2024)

Note de lecture publiée in Dièrèse N° 92 (hiver 2024)

         Après Le fouillis du ciel, de la terre et des eaux (2018), c’est là le deuxième recueil de Françoise Le Bouar, publié lui aussi aux éditions L’Herbe qui tremble, accompagné ici par trois belles images du poète et photographe Philippe Lekeuche.

         Ce recueil se présente comme un ensemble introduit par un long poème en vers libres, Décision coup d’aile, suivi de quatorze séquences ou « stations poétiques », de deux ou trois pages chacune, d’un seul tenant et en vers libres aussi. Une pertinente note publiée dans ActuaLitté.com nous présente très justement cet ouvrage comme une suite de poèmes qui « racontent un quotidien pas toujours reluisant, quelquefois si absurde et sot que des idées noires se glissent dans les pensées de la poète. Un peu de fantaisie les chasse et actionne le déclic qui impulsera l’élan suffisant pour sourire de tout. La poète la trouve souvent dans le compagnonnage des livres, amis fidèles qui la comprennent si bien et partagent avec elle ces moments ». Compagnonnage, en effet, de livres, d’artistes ou poètes, John Clare, Fred Deux, Erwann Rougé, Tonino Guerra, Ladislav Klima, Hölderlin, Denis Rigal, Walter Benjamin, Mariella Mehr, Gisèle Prassinos, Jean Malrieu et quelques autres (dont le docteur Gaston Ferdière), autant « d’auxiliaires de vie » auxquels l’auteure accorde un rapide signe de connivence.

         Ces poèmes de Françoise Le Bouar nous donnent, à première lecture, le sentiment qu’ils ont été conduits par une main fébrile, sous la dictée d’une voix volubile qui rechignerait à reprendre souffle, par crainte peut-être de laisser à ses peurs le loisir de reprendre la main. Parole hâtée par une pensée qui, comme un papillon de nuit, se heurte à la lumière de la lampe, ou comme se cogne affolée une guêpe contre la vitre. Ainsi les premiers vers du premier poème traduisent-ils déjà ce désir pressant de dire et de soulager au plus vite l’impatience des mots : Poussée par cette chose que tu ne sais pas quoi et dont tu ne sais rien, / un peu sur tes gardes, / tu dis, préviens que / tu ne veux plus parler / qu’en chantonnant ou / gringottant, par légers / bruissements… Et l’auteure ajoute, quelques vers plus loin : Moments de jubilation, Impromptus. / Avant les retours de tristesse. Du bout des lèvres. / Est-il possible que les mots / prennent forme ?

         Prenant le temps de la relire, moins étourdi par le mouvement de son verbe, nous entendons alors jubilation, tristesse, moments d’exultation et d’obscurcissement de la pensée, égarement et désarroi, mais encore consolation, fraîcheur, clarté, respiration, quand quelque chose insiste, d’à peine perceptible, et qu’on entend le coup d’aile d’un oiseau tout près, le bruit d’une décision prise. Il y a, dans les poèmes de Françoise Le Bouar, une sourde douleur d’exister, quasi insurmontable. Douleur, mais non refus de la vie même, légitimement justifiée par le sentiment de son absurdité, traversée par la question de sa « raison d’être », la difficulté à trouver sa place, sinon peut-être en s’effaçant du monde et s’en aller par des chemins cachés, y retrouver un chemin creux, simplement / se coucher dans un fossé / de tout son long et rester là / enfouie / à l’abri des regards. Mais cette douleur-là, l’auteure s’emploie à la maintenir toujours à distance, la traitant par la dérision ou, au mieux, la désinvolture (quelquefois l’humour), comme si, affrontant ces jours d’errance sous un soleil accablant et sur ces chemins sans boussole, il était aussi vain de demander / son chemin à une girouette.

         Le salut serait-il alors dans l’écriture ?… Car, après tout, écrit l’auteure, dans l’affolement, il y aurait toujours, / croyait-elle, la possibilité de / se réfugier sous l’auvent des mots. / Et dans leur ombre, quand tout brûle. La poésie n’est certes plus, écrivait-elle au début du recueil, cette parole magistrale proférée par des prophètes aveugles, vieilles échevelées / sur une estrade vociférant, tous / clamant leur douleur entre guillemets. Mais peut-être suffirait-il, se contentant de peu, de chercher un / petit mot qu’on pourrait formuler / dans les profondeurs de son esprit, / c’est tout mais, allez, c’est beaucoup. Un mot, d’une ou deux syllabes, pas plus. / Ou bien encore, te voilà / frappant dans les mains / pour chasser les idées noires. Ecrire alors, forgeant le souffle, creusant la voix, même si on est loin du / « s’accorder au cours des choses » / être libre comme les nuages / et les eaux, parlons-en, ah oui. Mais autant, après tout, travaillant à réconcilier la bavarde et la taiseuse, prenant le risque que de leur lutte à mains nues / résultera bien des phrases / embrouillées, semble-t-il, / et dépareillées, essayer malgré tout de vite, retrouver sa place à la table, et de ressemeler son âme.

         Alors, s’engager dans l’écriture, comme on veut s’engager dans la vie, et l’une épaulant l’autre. Faire confiance. Se fier à. Sans trop savoir où l’on va, mais sûr du fait que s’éloigner de ces rives, on le veut, et peut-être le peut. L’obscurité n’est pas finalement celle qui règne là devant soi, mais bien celle des brumes qui bouchent à l’arrière les chemins de retour vers les niches. Ecrire alors, et lire, escorté par ces ombres complices dont s’entoure l’auteure, fort de ce savoir selon lequel « le poème est toujours marié à quelqu’un », selon les mots de René Char. Sera-ce celui-ci, un autre ?… En tout cas avancer, avec la faiblesse de croire qu’un poème toujours nous attend quelque part, et celle, du poète, de croire que les siens peuvent être rencontrés de la même manière, aventureuse et risquée. On lit et on écrit comme on s’avance non vers un rendez-vous mais vers une rencontre possible, un coup de vent. Ecrire, lire, écrire, c’est remonter laborieusement / du fond de (ses) journées. De là / où toujours il fait noir / comme dans un four. Tirer précautionneusement à soi un petit fil argenté / perdu / dans le goudron du vécu.

         L’espace du poème serait, pour Françoise Le Bouar, cette fragile planche de salut, son étroit radeau de survie. Mais, écrit-elle encore, vivre sur un petit périmètre, après tout, / est ce à quoi tu as toujours aspiré, / et dans la compagnie / des nuages, épouser / leur nonchalance, voleter / avec le bout de papier / lâché à la fenêtre, avec lui / se déposer tout en légèreté. Est-ce là le salaire de cette quête aventureuse et plus qu’incertaine, consolation et clarté, pour reprendre les mots que nous citions plus haut.

         Ainsi la poète s’arrime-t-elle à ces mots qui la soulagent quelque peu de la noirceur du monde et des embarras de la vie, quand grâce à eux tout est reconsidéré / à nouveau, que se poursuit le chant intérieur / sans fin. Et même si elle écrit encore que l’on n’est jamais reposé, que l’on n’est jamais tranquille / en quelque endroit un seule minute, elle peut gagner la liberté d’écrire, dans les derniers vers du recueil : Sauter à pieds joints par-dessus / son découragement. Si / le poème s’est perdu, inutile / de se plier en quatre. / On retrouve les choses / par hasard, au moment où l’on / s’y attend le moins. Alors, / s’en aller au diable, / par dix mille chemins, / et s’enfoncer posément dans les taillis.

         Michel Diaz, 09/09/2024

Comme tremble le seuil – Eric Chassefière

Comme tremble le seuil

Eric Chassefière

Editions Alcyone, collection Surya (2024)

Note de lecture publiée in Diérèse N° 92 (hiver 2024)

         Ce recueil de textes en prose, écrits durant l’été 2022, est divisé en trois sections, Respirer avec l’ombre, Dans le bruissement de l’ici, Etre dans chaque instant. Le texte de présentation de la quatrième de couverture nous apprend que la première a été écrite dans le Cotentin, « entre mer et jardin », la seconde « dans le mas provençal d’enfance, voix noyée de mistral, assis dans la pénombre », la troisième, « chaque matin et chaque soir sur la falaise de Sauzon à Belle-Île ». Trois lieux, trois univers, que l’auteur réunit pour les fondre dans le même creuset poétique.

         Comme nous l’avons déjà écrit ailleurs, dans la plupart des livres d’Eric Chassefière les objets attachés à l’espace qui suscite ses rêveries et réflexions ne sont finalement présents qu’en nombre limité, délivrés par fragments, empruntés à « l’élémentaire matière » dont se nourrissent tous les sens, pièces d’un puzzle jamais achevé (ou toujours à refaire), mais rassemblées et assorties, et délivrant des signes décisifs, parce que transmuées par un œil qui sait en saisir l’essentiel et relier chaque détail au tout. Ici, dans ce recueil, ce sont le jardin et le petit muret qui le limite, ses arbres, ses fleurs et ses oiseaux, la mer, la grève et son ruban d’écume, le ciel et ses mouettes, les mouvements du vent dans les feuillages, les ombres et les lumières qui y jouent, le silence et le bruissement de la vie, tout ce grand mouvement des choses, ces voix qui disent sans parole la complicité immédiate du monde et les lointains de l’horizon, cet inconnu si proche où se façonne le regard. Un lieu n’existe pourtant que par ses lumières, qui lui donnent présence et âme, l’animent, le révèlent. Aussi le poète s’applique-t-il, à la façon d’un peintre (dont il adopte le lexique), en fines touches, comme à légers coups de pinceaux, à saisir les lumières de l’aube, du matin, de midi, de l’après-midi ou du soir. Ainsi écrit-il, par exemple : Se tenir là, dans la petite nef des arbres, qui à cette heure matinale n’est encore qu’un enchevêtrement de lignes, présence dessinée sur de l’ailleurs. Voir comme dans cette obscurité la forme peu à peu vient prendre dans la matière, ombrer les noirs d’un liseré de clarté, détacher les verts du gris d’un mur de pierre, adoucir les bruns de la pensée d’un ciel.

         Evoquant la peinture, nous pourrions aussi bien parler de musique, auxiliaire majeur de la poésie. Car poésie est ce que font les poètes et poètes sont ceux qui agissent en fabricateurs de langue, artisans d’un objet dont le ton singulier fait qu’il ne se ferme pas sur lui-même, mais qu’il vibre de tous ses mots, rayonne entre ses lignes, brûle du fond de ses images, projette sa lumière et sa chaleur autour de lui. Ce « ton » est de l’ordre de la musique (et Eric Chassefière est aussi musicien). De l’ordre de la prosodie, dirait Michel Butor. Prosodie qui s’exempte de mètres et de rimes, comme dans les textes de ce recueil. Mais « prosodie » (nous pourrions aussi parler de « résonance » pour reprendre le mot d’Anna Akhmatova) est ce mot qui fait signe vers ce travail dans et sur la langue qui voit l’écrivain remuer ses mots jusqu’à passer de l’autre côté de leur surface, fracturer les clichés, ouvrir des brèches dans la langue, organiser autrement la syntaxe, contrarier les formes… et toujours rythmer la langue dans l’émoi, sous les coups de butoir du monde, les surprises qu’apportent tous les jours et que chaque instant nous réserve, dans cet « écart » par où s’immisce et s’enracine le sentiment du perpétuel émerveillement : Rien ne bouge dans la blancheur crayeuse de la lumière, tout attend, tout s’écoule en soi-même, le reflet seul donne vie, illumine les roseaux de la berge, dont l’image ondule lentement sur l’indéfini d’une profondeur, on ne sait si d’eau ou de ciel… Musicale « écriture des sens, écrit Jean-Paul Gavard-Perret, capable de pénétrer l’impénétrabilité de l’être. Il (le poète) ne cultive pas une forme d’impuissance dans l’ivresse des songes. Il devient capable de savoir ce qui le saisit presque sans le comprendre ». Et, en effet, dans l’écriture d’Eric Chassefière, tout se produit dans chaque dessin de l’instant dans la lumière, chaque silence, chaque chemin qui s’ouvre. Et ce qui à chaque instant se produit, comme les ombres légères des oiseaux, traçant aux méandres de l’herbe la mouvante profondeur de la lumière qui les porte, est éprouvé à fleur de sens, vue, ouïe, toucher, odeurs, dans le mouvement incessant et inépuisable de la pensée.

         N’en doutons pas : si la voix de Philippe Jaccottet affirmait « qu’il n’y a pas au monde que du malheur » malgré un avenir presque entièrement obscur, celle d’Eric Chassefière la rejoint, qui maintient de manière endurante que, devant nous, autour, partout, pour peu que nous prenions la peine de voir (et plus seulement regarder), persiste une lumière qui se mêle au bleu du ciel, aussi sûre que toute chose au monde que l’on touche. Une voix qui entend tout faire pour assurer cette lumière et la transmettre comme une étincelle ou une chaleur. Cette voix-là s’arrache à la pesanteur des temps autant qu’à leur frivolité, troue l’ombre et nous parvient dans la musique de ses mots, comme un froissement de l’air, comme au soir la lumière s’élève dans les arbres, en illumine les plus hautes branches. Voix qui instaure et maintient cette lumière, ce soleil qui point entre les nuages, ces paysages de bords illuminés festonnant le ciel, ces lèvres scintillantes, ce cône de rayons par endroits imprimant son modelé.

         Mais peut-être suffit-il, après tout, de changer la vue pour changer la vie, nous suggère Eric Chassefière, et de rendre au regard son plus haut objet pour en établir la coïncidence entre la merveille et l’énigme, cet invisible qui, touchant en nous ce qui nous est le plus intérieur et le plus dérobé à la fois, et le faisant vibrer, ouvre en nous ces chemins d’accordance avec toutes choses du monde, ces chemins où l’on va vers ce col d’où semble monter, impérieusement, une lumière toujours plus vive. « Ces beaux chemins », pour reprendre ces mots de Philippe Jaccottet, Eric Chassefière nous les indique aussi, et il en va ici comme de toute conversion. Rien n’a changé et tout a changé, ou le peut. C’est toujours de notre monde qu’il s’agit, mais vu autrement, vu à partir de ce qui ne peut se voir que si l’on consent, comme au moment du crépuscule, à se laisser respirer avec les arbres tout à la tendresse du dernier soleil. Voir alors à partir de quoi nous sommes devenus si aveugles, nous qui vivons dans l’aveuglement, qui ne voulons plus voir. Oui, au-delà de ce que nous permettent nos autres sens, « le regard est ce qui sauve » pensait Simone Weil, et aidé par la poésie ce qui nous permet le mieux d’entrer en contact avec le monde. Mais s’il faut savoir écouter le silence, il faut fermer les yeux pour voir, écrit le poète dans l’un des derniers textes du recueil. Et il écrit, un peu plus loin : on reste seul assis sur son rocher à se laisser embrasser par le murmure de l’eau, on ferme les yeux pour mieux flotter, on est comme la mouette sur l’eau calme, venue voler mais d’un autre souffle, une autre présence à l’être et au monde.

         Cette « autre présence au monde » est ce que le poète, ce passeur, a su amener jusqu’à nos rives. Avec lui, nous nous sentons un peu plus vivants, et comme plus assurés de nous-mêmes et du monde. Un peu moins lourds, un peu moins sérieux, un peu plus légers. Plus résistants peut-être. Plus convaincus aussi, ainsi qu’il l’écrit à la toute fin de son recueil qu’il nous faut appartenir à ce tout, appartenir pour ne pas risquer de perdre, faire de sa vie ce tout de la parole sans cesse réaccordée.

         Michel Diaz, 11/09/2024

Ombres abruptes – Eric Barbier

Ombres abruptes

Eric Barbier

538ème Encres Vives (2024)

Note de lecture publiée in Diérèse N° 92 (hiver 2024)

         La poésie d’Eric Barbier se donne comme à travers un verre dépoli. C’est-à-dire qu’elle ne se donne qu’à celui qui, front collé contre la vitre, fait effort de scruter, au-delà du regard, ce qu’on peut entrapercevoir des mouvements du jour et des lentes danses des ombres. Elle est, autrement dit, ce qui d’abord oppose résistance à une lecture trop explicite du monde, à ce qui, de manière trop réductrice, chercherait à lui donner sens et configuration. Il n’est que de lire les premiers vers de ce recueil, pour comprendre que reprendre, comme on le fait chaque matin, l’indispensable ponctuation du jour, c’est reprendre un sentier où chaque pas dérange le ciel, parmi des pierres colériques qui déchirent l’aube. Comme c’est aussi rappeler le corps douloureux et la douceur venteuse d’une position indécise.

         Cette avancée de soi, à travers soi, parmi les êtres et les choses, ne peut être que lente et longue, tenace, mais pourtant incertaine, et conforme à bien des égards à une avancée, sans fin ni lieu, dans une perpétuelle trouée d’inconnu. Là est la marque de cette démarche, autant de vie que poétique, et de cette écriture économe de mots, dénuée d’ornements, dense pourtant et riche, chaque vers apportant, sans rime ni ponctuation, sa force, détermination, clarté sans fioritures : l’entretien infini renverse le crépuscule // Se reposer dans un nom éloigné / Tout retrouver ne rien reconnaître // Tout deviner    ne rien apprendre / Rester à vue. Et continuer d’avancer, traverser les eaux exilées du songe, dans le silence minéral où se taisent les jours.

         Chaque instant de cette attentive avancée est toujours « maintenant », et c’est encore maintenant que tout glisse, bien que tout s’en aille en laissant sur la peau une trace d’on ne sait vraiment quoi ni pourquoi, ni de quoi cette chose passante que la langue et la gorge ne cessent de brasser, de l’air peut-être pour en faire un mot, ce quelque chose de nocturne et sombre qui fourmille sur les lèvres : Ciel terreux roche nuageuse / De ce long tumulte nulle citation / Ne pourra être transcrite sécheresse minérale / Prononcée par une langue sans vertiges. Avancée dans l’espace incertain de soi-même et du monde où, si le vent se cherche une âme et cherche quelque chose à nous dire, il n’est que brise qui n’a su devenir / Le lendemain de vents véritables. Alors, Ne reconnaître aucun lieu / Chacun de ceux qui / En garde le partage / Leur donne un nom différent. Alors encore, faut-il lever le poing contre l’ordre insondable du monde, et battre la mémoire comme un tapis qui doit brutalement restituer l’image, puisque De telles navigations chacun de / Ceux qui ici viennent / Me confie un nom différent ?

         Il n’y a, dans cette écriture, aucune tentation de l’élégiaque, ni nulle concession facile à la mélancolie, mais le pudique sentiment de ce qui frôle le tragique, sans s’y appesantir, de ce qui disparaît dans ce « maintenant » fatalement renouvelé, incompris ; mais la lassitude portée à dos d’homme de ce circulaire « Speechl ! Speechl ! » dont parlait en 2000 le poète anglais Geoffrey Hill. Et comme le dit autrement notre auteur : Là patientent les rêves / De la pierre fière d’un passé houleux / Le moindre souffle disperse / Une poussière de fleurs / Corps présence importune anciens retours. Ou comme il l’écrivait ailleurs : il ne s’agit /ni de peur ni de mort / tout reviendra / dans un jour différent / tout se répètera / pour mieux nous abandonner / hors de souffle.

        Et pourtant chaque strophe d’Eric Barbier, chaque vers même accumule et interroge ce paradoxe d’une double obsession. D’un côté celle d’où découlent angoisse et solitude, le sentiment de ne pouvoir acquérir qu’une « vérité squelettique » et de ne rien voir devant soi et autour de soi qu’à travers un écran de fumée qui enveloppe et condamne tout à la fois l’être et le penser. De l’autre, la difficile quête qui est de la responsabilité du poète, celle de tenter une présence parmi / L’alphabet en friches / De la commune obscurité, de travailler à assembler des lettres pour / Former le verbe / Qui gardera pour seul usage / L’apaisement d’une longue veille. De travailler aussi à alimenter ce besoin de perpétuer l’éphémère, et s’attacher à cultiver ce dont nous avons besoin de beauté, cette « tentation à poursuivre qui devrait nous préserver de l’inattention, nous permettre de reprendre vie » (In Francopolis, 17-24 octobre 2023). Mais aucune démarche poétique digne de ce nom ne peut se dispenser de cette volonté de voir à l’horizon un mérite, une valeur, une raison d’être et de faire, un sens humain que nous pourrions connaître ou entrevoir, et vivre parfois même intensément : Une irruption de fleurs dans la pierre / Voudra sauver la mémoire des éléments / Ce n’est pas de prière qu’il s’agit / Mais d’une fureur célébrée / Par des appels confus.

         Si le souffle du poète est ce qui lui permet de rassembler les mots, le poème lui est ce chemin, « temps des possibles, de tout ce qui est et de ce qui aurait pu être, le passé devant le visiteur dans le présent du regard », ainsi que le déclare Eric Barbier dans l’entretien que nous avons cité plus haut, qui aussitôt ajoute : « Écrire contre l’inexistence, écrire pour exister. Ou contre l’insignifiance le dépouillement des multiples significations du monde, pour connaître ce monde et ne pas le savoir, ‘ La muraille obscure du monde’ (Claude Esteban). Écrire pour tenter de réduire la distance qui sinon s’accuse davantage chaque jour entre ce qui nous reste du réel et les vocables qui le convoquent… Contre les semblants de l’existence, les égarements du ‘voyage intérieur’, pour découvrir que notre ombre ne déplacera aucune feuille morte, dans la mémoire profonde de l’absence. »

         Tout comme le poète Jean-Louis Bernard, auteur des « Chemins qui ne mènent pas », Eric Barbier est un poète de l’errance, c’est-à-dire porteur solitaire d’une quête qui est celle d’une humanité dont les chemins se sont perdus, depuis les origines, et qui suit une « voie dont on se sait l’issue » (Aristote), qui ne dit pas où il faut aller, mais seulement la difficulté à y aller. Et cette condition d’errants, telle que le poète nous la donne à partager, c’est aussi bien la même joie d’étreindre que le désespoir de ne jamais atteindre le but. C’est enfin par la forme même de son « inachèvement » que ce recueil et les poèmes qui le composent peuvent proposer au lecteur des prolongements et des profondeurs que celui-ci est invité, et pour son propre compte, à tenter d’explorer.

         Mais laissons-lui les derniers mots, extraits du même entretien : « Sauver ou préserver … L’infime sans quoi rien ne serait plus. Garder (ou retrouver) l’espoir est-il possible, sinon encore celui de reprendre cet appel de l’horizon improbable, d’abord inaccessible, à condition de pouvoir toujours le distinguer. Hier encore pouvait-on témoigner d’un optimisme historique sinon personnel. Le poème que nous parvenons encore à écrire, parfois, sera aussi l’hypothèse d’un lendemain dont nous ne parvenons encore à définir les contours, pour donner un nom à l’improbable, ‘Sous un soleil sans âge’ (Octavio Paz). »

         Michel Diaz, 04/09/2024