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Lichen, numéros 16 et 17

Textes publiés dans la revue Lichen, numéros 16 et 17, août-septembre 2017

Deux « poèmes » (désinvoltes) rédigés sur un coin de nappe en papier, (restaurant Le skipper St-Martin-de-Ré, 6 mai 2017).

A L. C., en le remerciant pour ses beaux silences
et à Philippe Fréchet pour les siens, qui ne le sont pas moins.

 

à force de tirer
sur la pelote de mes jours
mon temps tire à sa fin
et je n’ai toujours pas écrit
un vrai poème
un grand poème
ne serait-ce qu’un seul
(mais combien pourraient dire de même ?
et je pense cela sans m’en consoler)

j’avoue que j’ai l’air
d’avoir perdu courage
– et c’est peut-être plus qu’une impression

un coup d’œil dans la glace
un clin d’œil dans mon cœur
me donne envie
de la fermer à tout jamais

alors pourquoi me forces-tu à me pencher ici
Seigneur de ma vie
Toi le Grand Sourd-muet
à me pencher à cette table
au milieu de la nuit
à me demander comment être beau ?
(de la pure beauté de l’esprit)
à me demander comment être vrai ?
(de la vraie vérité de l’âme)
à ne jamais tricher avec mes sentiments
pour trouver les seuls mots qui importent ?

oui au moins
une seule fois

*   *   *

La paix n’est pas entrée dans ma vie
qui s’est échappée à mesure
par tous les pores de ma peau,
et la paix était là
que je ne voyais pas
ou si peu et si mal

Aujourd’hui encore,
souvent, je me cogne dans ma vie,
essayant d’attraper son souffle,
de regarder quelqu’un qui marche dans la rue,
de faire la queue dans un magasin,
d’attendre un ascenseur qui ne vient pas,
ou faisant n’importe quoi d’autre,
comme de supporter les nouvelles du monde
en regardant le ciel,
trébuchant comme  d’habitude
sur l’indéfinissable de la beauté du jour
ou de l’intelligence d’un sourire

Ma toute petite vie :
si tortueuse
mais pourtant si loyale,
si dévouée à ses obscurs desseins
et, je m’empresse de le signaler,
qui se débrouille très bien sans moi,

s’en débrouille à merveille,
au point parfois de m’oublier

Michel Diaz

 

Le Cœur endurant – Michel Diaz

Maquette couv coeur endurant

LE CŒUR ENDURANT, Michel Diaz
éditions de L’Ours Blanc (décembre 2016)

– Dessins de Jeannine Diaz-Aznar –

Les textes qui suivent ont été publiés dans le N° 5 de la revue Lichen (juillet 2016)

Extraits du recueil :

Blanc du papier
la mort non pas hostile
la mort simple    le néant
et même bienveillant

l’attirance hypnotique du blanc

et là-dessus
le geste primitif
de la main qui trace ses mots
le geste convulsif de qui bat l’air
avec ses doigts giflant
griffant le blanc

ce feuillage d’ombre
un instant ouvert sur le rien
et qui se referme déjà

mais tisse encore la lumière
qui nous garde les yeux ouverts.

* * *

Ecrire à même la tourbe et la vase
dans la poussière délaissée par l’eau
et à même la peau des pierres

brûler chaque brin d’herbe
et la moindre racine intruse
ne rien laisser que cendres :

à ce prix seul
le rien le blanc l’immaculé
ce lieu d’oubli où tout
peut se jouer

comme s’échappe vers le ciel
javelot qui soudain prend feu
un cri enseveli sous l’épaisse
couche de neige qui
d’abord l’étouffait

* * *

Tant de voies vierges sous les mots
pour atteindre la nuit de la nuit
et c’est toujours ailleurs
comme si c’était
nulle part

et devant soi
l’abîme du dévoilement
blancheur de la blancheur
où se risque une voix tremblante
que ne guide plus rien
que son ombre

et rien
derrière soi
qu’une parole exténuée
meurtrie abandonnée aux
soifs de ses questions

juste aux lisières du silence

Coeur endurant détail

 


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