Archives par étiquette : poésie

Bassin-versant – Michel Diaz (avril 2018)

Michel Diaz

BASSIN-VERSANT

poésie

 Couverture : © Françoise Albertini

1ere de couv 4

La poésie contemporaine est souvent, me semble-t-il, l’espace de l’incertitude. Qui parle ? À qui ? De quoi ? Pourtant, dans ce nouvelopus de Michel Diaz, les deux citations proposées en exergue, de Lorca et de Nietzsche, nous mettent d’emblée sur la voie de sa réflexion poétique: si « la terre est notre probable paradis perdu », la poésie est sans doute le seul moyen de nous sauver de la désespérance et de ne pas « mourir de la vérité » du monde. […]

[…] la prose poétique de Michel Diaz, innervée d’un imaginaire foisonnant, nous entraîne dans une méditation dont les arrière-plans philosophiques sont clairement assumés.

Une réussite de ce texte – parmi d’autres – est de nous entraîner dans un perpétuel mouvement alors même que le poète se présente statique, dans l’attitude de qui s’arrête et prend le temps de regarder le monde pour l’interroger ou se laisser glisser dans les plis de sa rêverie méditative. Alors, puisque la vie est le vaste théâtre du monde, laissons-nous emporter par un verbe inspiré qui se propose de nous ramener au plus près de nous-mêmes.

Extraits de la préface de Jean-Marie Alfroy

Bassin-versant – Lichen N° 27 (juin 2018)

BASSIN-VERSANT, lu par Philippe Fréchet. Chronique parue dans Lichen n° 27 (juin 2018).

Michel Diaz : Bassin-versant, poésie, éditions Musimot, 2018, 68 p., 14 €.

Michel Diaz est un écrivain et un poète prolixe. Docteur ès lettres, spécialiste du théâtre contemporain (et, plus particulièrement d’Arthur Adamov), il a publié, depuis 1975, une dizaine d’ouvrages consacré à sa spécialité, cinq recueils de nouvelles, seize recueils de poésie et participé à une trentaine de livres d’artistes (à tirage limité). En outre, comme nombre de ses consœurs et confrères, il collabore volontiers à des revues (Chemins de traverse, CRV, L’Iresuthe Poésie/premièreÉcrit(s) du NordLa Voix du basilic, Terre de femmesEncres vives, Lichen, L’Herbe folle…).

En ce printemps qui tarde à se faire chaleureux, vient de paraître, chez l’éditeur de Haute-Loire Musimot, son dernier recueil, au format carré (15 cm x 15) : Bassin-versant. Son préfacier, Jean-Marie Alfroy, dit de cette belle prose poétique qu’elle est une « poésie de veilleur », dont le « verbe inspiré (…) se propose de nous ramener au plus près de nous-mêmes ». « Et c’est ça, ces images venues d’outre-nuit, ça qui choisit en moi ce que je ne dois pas oublier. » (p. 27)

En effet, Michel Diaz écrit « comme on se tient debout, dans le suspens de son inspir, sur la ligne décisive du partage des eaux » où il « appelle à la circulation d’une infinie lenteur » (p. 17).

Pour nous qui les lisons, ses poèmes sont « une brassée de mots que l’on a repeints de sang neuf » (p. 52), « une bannière de défaite, une meurtrière sur l’inconnu, ou une passerelle de lumière suspendue au-dessus de l’abîme » (p. 50), « une poussière d’ombre, une haleine de bruits » (p. 51).

Mais, nous (r)assure le poète, « il suffit encore d’être là, présence aux aguets, dans l’écoute attentive des bruits secrets du monde, par ce souffle engendré au bord des portes de l’ailleurs, un souffle étrange et simple, comme le lierre grimpe au mur des jours, que le nouveau matin se lève dans l’épiphanie de sa transparence, que se dépose la rosée du sens au bord de nos paupières, et que l’on sourit aux nuages. » (p. 61)

Et pourtant, même s’ « il est facile de rester assis, par un soir de tempête, à la petite table de noyer, avec les mains sur les genoux, la pensée divaguant sur ses chemins d’imprévisible. » (p. 39), « il faudra bien un jour prochain tendre un peu mieux l’oreille, déchiffrer le cri des chouettes, s’essayer à mieux écouter ce que disent les pierres, les herbes et les arbres et, s’essuyant les yeux, lire ce qu’il y a de gravé dans l’écorce des jours, ce récit des temps qui précèdent, ce tracé souterrain de leurs braises par où la lumière est venue avec ce rien, au bout, qui n’a ni lieu ni nom. » (p. 52-53) — « (…) car on ne peut aller que vers une interrogation et si peu vers une réponse. » (p. 63)

On ne peut tout citer, malgré l’envie ; alors, un dernier extrait :

« Il n’y a rien, devant, que ce chemin d’eaux sombres où la vie va sans nous (…). Rien à poursuivre, ici, que ce qui éloigne la peur de ce qui va finir, ce qui déborde le contour des choses et embellit le jour.

(…) Debout dans l’heure, et immobile, il faut la boire comme une eau-de-vie qui n’aurait aucun goût de sang. La boire aux jours effervescents et aux ciels des métamorphoses.

Juste pour ne pas trop mourir d’une vérité qui persiste à souffler à l’encontre du vent.

Juste pour ne pas dire adieu à tout. » (p. 18-19)

On consultera avec profit le site du poète : https://michel-diaz.com/

Élisée Bec, pour Lichen.

Le poème recommencé – Gilles Lades (2018)

Le poème recommencé – Gilles Lades
– Editions Alcyone (2018) –

Chronique publiée dans Diérèse N° 74 (automne 2018) et sur le site de Radio occitania (mai 2018)

Ce qui se lève entre les lignes

La poésie de Gilles Lades est d’abord une voix. Elle est de celles qui, précédant toute saisie du sens, est avant tout matière de parole. Elle est de celles qui se lisent en murmurant, se disent à mi-voix, comme l’on se parle à soi-même, se façonnent et se modulent en musique sur les lèvres, dans le mouvement de chair de la langue.

Dans Le poème recommencé, recueil qui se divise en cinq parties, Gilles Lades donne à cette musique la lumière vacillante de la mélancolie, celle à laquelle puisent, au plus profond, les racines les plus intimes du poème. « Lumière de mélancolie » disais-je, qui peut être sombre, avare de clarté, complice de la mort, ou clarté douce, bienveillante et amie. Cette lumière-là, comme « une clarté qui vient sous la main », une « demeure où faire solitude », est celle que fréquentent volontiers les poètes, un espace de mi-pénombre offert à la lucidité de leur questionnement, d’eux-mêmes et du monde. Lumière dans laquelle la douleur, tenue à sa juste distance, se fait territoire fertile où vient puiser ce qui persiste de l’amour, et où s’alimente la source de la création. De toute création peut-être.
Ainsi, écrit-il dans la cinquième section qui donne son titre à l’ouvrage, section dans laquelle le poète nous confie sa relation à l’écriture:
attends que l’instant
devienne mémoire
reconnaisse ton pas
te mène à la cour d’enfance
amenuisée de toutes parts
Ou écrit-il, par exemple encore, quelques vers plus loin, donnant à son métier d’écrire sa profonde et incontournable nécessité:
[…] le souffle qui soulève
par surprise ta poitrine
tisse des écheveaux de vie
Ou dans ceux-là aussi, tout aussi explicites:
désir d’accorder le poème
à l’ultime leçon du vaste étonnement
au point de fuite du silence
Ce recueil, en effet, bâti de pierres assemblées à leur juste place, ne laisse aucune chance à quelque égarement sur des voies digressives. Cette lumière dans laquelle « la mémoire fait front à l’hiver », comme on use en peinture du clair-obscur, n’éclaire que l’espace de ses seuls objets, dans des textes où
signes et lignes
se rangent autour d’une lumière
défendue ligne à ligne
Ainsi sommes-nous, dès les premiers vers, appelés à une démarche méditative à travers souvenirs d’enfance, évocation des êtres aimés disparus, questionnement de ce qui fonde nos origines et de notre présence au monde:
Ecoute vois
la forêt sans feuille
que même le vent n’approche pas
[…]
ne sors que lentement des arbres et des pistes
traverse mélodieux
la mémoire de tant de disparus

Evocations de paysages, de places de villages ou d’un château ruiné, d’une « rue qui éclate en jardins cachés », de personnages égarés dans la solitude de la vieillesse, d’une hirondelle annonciatrice des « grands vols d’avril », d’un arbre « grand comme la beauté », d’une rose au bord d’un sentier, d’une clairière loin dans les bois ou du souffle aigre du vent de mars, constituent l’ample matériau de ces textes. Gilles Lades est ici le poète de ces presque riens, rencontrés çà et là dans l’affût du regard et au hasard des pas, de ces riens comme suspendus au-dessus, une chose coulant dans une autre, et toutes se fondant dans un long travelling de pensée ou de rêverie, sans que l’on sache où cela fut, ni même si cela fut, sauf que cela revient, lui revient comme une hantise, sans que l’on sache pourquoi ni comment cela lui revient:
Une cendre de ciel survit
le remords tourne au-dessus des rires
comme la fatigue sur le dernier soleil
Gilles Lades est aussi le poète de la fusion des états de conscience dans le même creuset poétique, quelquefois dans le même vers (« bonheur ce mot qu’il faut renommer »), douleur de la perte des autres et de soi à soi-même, nostalgie des temps de l’enfance et de ses éblouissements, mais quête toujours poursuivie de ces menus miracles de bonheur furtif et de jubilation dans sa présence provisoire au monde, ce qu’il nous donne à voir, à entrevoir, qui est là et s’échappe aussitôt, qu’il faut traquer sans cesse et, saisi un instant, couver dans la tendresse de ses mots, celle qui fait le cœur plus grand que toute la mort à venir. C’est ainsi qu’il écrit à sa mère, par-delà le néant de l’absence:
merci de m’avoir donné
cette main si fragile qu’elle soulevait la colline
vers l’impossible avenir
merci de me laisser
parcouru de questions
sévères et salvatrices
Le poète se montre tout prêt, page après page, à sauter hors de l’espace mesurable comme du temps des horloges – cet autre espace – où ne joue que la causalité pour, par delà toute chronologie, à inscrire les choses les unes dans les autres dans un même regard attentif sur le monde. Attentif à le déchiffrer comme à en défier les apparences, dans des poèmes dont chacun, écrit-il, « contribue à dessiner une mystérieuse ligne de faîte, entre permanence et transmutation ».

Il y a une profonde nostalgie chez qui cherche, encore et toujours, comme le fait Gilles Lades, espérant que quelque chose se lève de l’obscur, d’entre les mots et les lignes, qu’il éclaire toute la scène, et donne sens par là au monde. Nostalgie qui fonde, j’y reviens encore, une mélancolie difficile à juguler. S’ouvre le ravin noir sous la musique de sa voix, reste le bord du précipice, le seuil du vide et de ce temps où « le printemps venu par effraction « s’annonce « comme une douleur de plus »… Le ton est certes grave, mais ce n’est pas rien pour autant cette confidence glissée dans la section « Avide solitude »:
je choisis la terre vive
limpide entre ses murs
où quelques fleurs s’écrivent
au bas d’une légende pauvre
Gille Lades s’avance, dans ce poème recommencé, entre affirmation du désir de vivre et apprivoisement de sa familière et pudique désespérance. Et si cette faille d’abîme était à accueillir ? Pour ce qu’elle est. C’est-à-dire la ligne tracée de notre humaine condition.

Michel Diaz, 30/03/2018

 

Bassin-Versant – Michel Diaz (avril 2018)

Les Éditions Musimot ont le plaisir de vous annoncer la prochaine sortie

du tout nouveau livre de

Michel Diaz

BASSIN-VERSANT

poésie

 Couverture : © Françoise Albertini

1ere de couv 4

La poésie contemporaine est souvent, me semble-t-il, l’espace de l’incertitude. Qui parle ? À qui ? De quoi ? Pourtant, dans ce nouvelopus de Michel Diaz, les deux citations proposées en exergue, de Lorca et de Nietzsche, nous mettent d’emblée sur la voie de sa réflexion poétique: si « la terre est notre probable paradis perdu », la poésie est sans doute le seul moyen de nous sauver de la désespérance et de ne pas « mourir de la vérité » du monde. […]

[…] la prose poétique de Michel Diaz, innervée d’un imaginaire foisonnant, nous entraîne dans une méditation dont les arrière-plans philosophiques sont clairement assumés.

Une réussite de ce texte – parmi d’autres – est de nous entraîner dans un perpétuel mouvement alors même que le poète se présente statique, dans l’attitude de qui s’arrête et prend le temps de regarder le monde pour l’interroger ou se laisser glisser dans les plis de sa rêverie méditative. Alors, puisque la vie est le vaste théâtre du monde, laissons-nous emporter par un verbe inspiré qui se propose de nous ramener au plus près de nous-mêmes.

Extraits de la préface de Jean-Marie Alfroy

Vous pouvez dès à présent commander ce livre avec une remise de 10% en nous adressant le bulletin de souscription ci-joint accompagné de votre règlement.

Votre chèque sera encaissé à l’envoi de votre commande.

Frais de port offerts. (Sortie prévue le 12/04/2018)

La souscription représente une aide à la publication. Elle est le moyen le plus efficace pour soutenir  notre maison d’édition, les auteurs, poètes et artistes

EDITIONS MUSIMOT  –  Lieu-dit Veneyres  –  43 370 Cussac sur Loire

06 31 99 56 40

musimot.43@orange.fr
http://musimot.e-monsite.com/

A télécharger : Bon de commande pour  » Bassin versant « 

lichen N° 23, février 2018

Michel Diaz

Ignorez-moi passionnément

Rester vivant.

À cette seule fin, il te faudra encore aller, sur tes sentes d’étroite lumière, vers cela qui toujours, devant toi, fait masse, se dresse comme un ciel aveugle qui recule à mesure et, sans jamais céder, repousse et ralentit ton désir d’avancer,

vers cela contre quoi tu dois sans cesse te cabrer, cette force d’inerte paroi qui ne peut que laisser à vif et inapaisé, avec, au bout des ongles, ce qui saigne, avec aussi, entre les côtes, cette blessure qu’il te faut désemplir sans relâche de la nuit qui la guette.

Il faudra bien un jour, dis-tu, que se lèvent tes yeux, ta bouche, ton visage, aux marges de tout silence, dans sa sécheresse de paille,

que se lève ta voix, cette pierre en ces routes de pierres où l’on pèse son pas,

que se lèvent ces mots qu’a semés ta parole, comme se redresse le chien couché sous l’auge où on l’a  si longtemps oublié.

Je sens bouger en toi, qui de si loin me parles, des foisons de semence, cette amitié que tu cherchais dans sa famine immense et ses entrailles remuées de tant de vaines espérances.

Il suffisait pourtant d’un seul regard, dérobé au suspens d’une brève rencontre, pour que ta mémoire s’éveille et quitte la paix engourdie de la chambre des morts, d’un seul trait de soleil à l’oblique du cœur pour que s’efface le chagrin qui hante ton sourire.

Il ne suffisait que d’un arbre qui tremble sous la caresse de ton geste, ce qu’il se risquait à donner, sans rien attendre d’autre que ce que peut attendre une chanson perdue dans l’accueil de ses branches et la quiétude de ses feuilles où les voix étranglées font leur miel.

Ni regrets cependant, ni remords.

Maintenant que tu es aux portes de l’ombre, l’essentiel, te dis-tu, est d’accepter la nuit, d’y prolonger ta route pour qu’au bout ce soit enfin le jour.

Oui, maintenant, tu peux le dire, et cela seul suffit à l’émergence d’une secrète mais ardente joie : ignorez-moi passionnément.

M. Diaz