Lichen N° 6

Michel Diaz, trois textes sans titre, publiés dans la revue Lichen N° 6, juillet 2016

demain
on enterre novembre
dans le fumier des feuilles et
comme chaque soir conduit
par les essaims de l’ombre
le vent s’en ira d’où venu
dans le bleu blessé par
le couloir crissant des rues

nous sommes seuls chacun
si loin de l’autre
dans une heure d’eau lente et d’écluses
– nos chemin incertains
se perdent dans le sable

qui peut savoir
au verso d’une voix
ce qui tremble ce peu
d’écume voici pourtant
mon front mes yeux ma bouche
rire silence amour
mort
au bout du doigt qui trace
le feston de son nom
sur la page embuée d’une vitre
l’image tendre et chaude d’un
visage à jamais perdu

que jamais aucun mot
ne ressuscitera du séjour
où le temps lentement
l’enténèbre

* * *

certains jours de partage
on s’habille si justement
de la simplicité du vent
ou de la lumière exacte du ciel

qu’on habite son seul silence
au cœur du nœud léger du Temps
comme un lit d’écume
initiale
une énigme délicieuse

que la vie
tout entière
ne pèse pas plus lourd
dans l’assiette bleue de sa paume
que la langue d’un chien ami

* * *

il y aura
ici plus tard je crois
à un moment inattendu de l’expansion du monde
un grand moment de neige étincelante
d’air tranquille
de parole sauve

un silence de cloche et de voûte
pareille à une fumée bleue et lente

ce sera
quand paraîtra l’aube
descendue grave et rose
d’une échelle de rouges-gorges

les fenêtres se vêtiront
d’un corsage de braises fraîches
et d’une jupe de lagune

toute pensée alors
sera punie d’exil

Michel Diaz

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