Archives de catégorie : Poésie

Les Cahiers de la rue Ventura – N°20 – Juin 2013

 

         Extraits de la suite « Né de la déchirure » :

  Haut et bas. Ciel et eaux.

 Entre eux deux, cet espace où s’exorbite la pensée, vers l’infini du bleu où elle s’enfonce en nageant. 

On regarde. On ne pense plus. On est dans l’indolore d’un instant sans fêlure qui ne doit jamais s’achever. Dans le cristal d’un temps où toute parole s’est tue. Un temps d’avant toute mémoire, et d’après l’ultime silence.

On a, au bout des lèvres, un horizon d’immense solitude. On est devant sa mort comme devant un linge neuf dans lequel on va s’engloutir, avec tout l’univers, délicieusement.

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Après le noir du rien, le blanc du vide, ces pleins d’avant toute conscience, c’est le bleu qui noie nos regards. Forge ouverte sur le théâtre des grands larges du ciel.

A lui, de donner au matin son allant de lumière et au soir sa goulée de vent, à la nuit l’envol de nos yeux entre air et terre, terre et mer, mer et songe, ici et ailleurs.

Dès lors, il nous suffit que battent une seule fois nos paupières, que se posent nos yeux sur ces minces ramas de lignes pour qu’en nous s’installe un silence qui dit, sans poids, sans bord et sans appui, ce qui ne se confie qu’au verso de la voix, de l’inconsumable  du feu du secret des choses, l’écho d’un sang profond où bat le pouls du monde.

Les Cahiers de la Rue Ventura

Les Carnets d’Eucharis N°22 – Mai 2010

Loire Lits profonds

Photos de Thierry Cardon, texte de Michel Diaz

Ce livre, Loire, lit profond (annoncé en mai 2010 dans le numéro 22 de la revue Les Carnets d’Eucharis) devait paraître aux Editions Adam Biro; ce projet a été abandonné par l’éditeur qui a finalement renoncé à réunir les fonds nécessaires pour publier cet ouvrage, trop coûteux à ses yeux (il l’était, en effet, puisqu’il contenait 56 reproductions des photos de Thierry Cardon, imprimées en bichromie sur papier gardamatt 170 gr.)

Le texte Loire, lit profond, a été publié  à part dans le recueil Cristaux de nuit aux Editions de L’Ours Blanc, en 2013, avec trois photos de Th. Cardon en simple impression numérique.

Atelier des silences – Michel Diaz – Thierry Cardon (1997)

Atelier des silences3

« Beau livre », photos de Thierry Cardon , textes de Michel Diaz (qui offrent ici une relecture du mythe d’Orphée et de sa descente aux enfers à la recherche d’Eurydice).
Ouvrage préfacé par Yves Bonnefoy.

Editions Jacques Hesse, Saint-Etienne-de-Diray, 1997

Atelier des silences2

Atelier 4ème couv

Mise en demeure – Michel Diaz (1975)

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Mise en demeure, recueil de poèmes (1975), 74 pages, de Michel Diaz

Editions Pierre-Jean Oswald, Paris, 1975

« Mettre en demeure » c’est, selon l’expression juridique, sommer un débiteur d’acquitter ses dettes. C’était, dans ce recueil à la poésie tâtonnante (le premier publié, qui le demeurera longtemps, volontairement oublié), sommer les mots de la parole de s’extraire de leur silence, de transgresser sa règle de non-dire ou d’aphasie des choses. Car il y a (ce n’était alors qu’un pressentiment) un absolu de silence, voire de mutisme, à quoi se rattache le poème, comme à une fatalité contractée et transcendante… Un mot, un autre, plusieurs autres : il s’agissait là de l’activation trépidante de quelque chose qui appartenait encore au silence, à l’eau descendue ou tombée de son puits, quand la pierre jetée est aussi celle qui porte le signe, la formule de salut.  Parole qui allait , filant devant, trouée vers cette part (donnée ou non) de l’inconnaissable, et cherchait d’abord non le sens, mais un rythme, la « mesure » du vers qui appellerait les mots, les ordonnerait d’après l’accent, le nombre, les sons, traquant les harmonies cachées entre le son et le sens.

Et devant le spectacle d’une monde qui, déjà, me semblait courir à sa perte, d’une humanité s’effondrant sur le lit de son propre désastre, il me semblait que l’un de nos derniers espoirs était que la parole s’obstinât, encore et toujours, à bâtir sa demeure : cette musique encore dans les mots, ensemble de sonorités, de rythmes, d’harmonies syntaxiques et imagées qui touchent presque à la physiologie de l’individu et par lesquels nous rejoignons le plus précieux de notre humanité auquel on peut donner le nom de « chant ». Vaste programme !… Il n’en resterait que des mots blessés, non exactement reniés, mais chargés du regret de n’avoir pu trouver la voix qui aurait aimé les porter à plus d’incandescence.

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