Texte de Michel DIAZ – dessins à la pierre noire de Setsuko UNO
Livre d’artiste, éd. Les Cahiers du Museur (Nice), coll. « A côté », 21 exemplaires originaux numérotés et signés par les auteurs (format 21×29 cm, papier Moulin du Coq, grain aspect torchon, 325 gr)
arbre, vieil arbre
si vieil arbre mien, affublé des guenilles d’un roi dont on ne compte plus les mutilations ni les siècles
arbre aux songes mal équarris, aux tumultes dilapidés, muet sous les outrages comme larron irrépentant, tremblant de tout son bois aux crachats de la foudre et à tous vents battu sans tourner le dos à la mer ni jamais déserter, essayant juste d’être
arbre poussé sur mes terrils, défeuillé par mes froids, indulgent pour mes neiges, buvant à mes racines, comme rampe un chien au bout de sa chaîne vers une eau toujours limoneuse, voix obscure d’écorce et d’aubier, grimaçant ramas de ratures
arbre qui toujours fut la forge de mes mots, l’enclume de mon souffle, l’épée de mes douleurs, mon abcès de misère, porte d’un monde couronnant hautement l’horizon de mes yeux, champ d’honneur d’insistantes offrandes portées à bout de branches
arbre de mes nerfs cisaillés, de mes muscles rompus, de mes vertèbres fracassées sur la roue des incertitudes, de mon corps démembré, exposé à la face terreuse du ciel, au cillement de son œil borgne, à l’orbite insondable des astres
arbre de mon sang rejailli contre les parois du silence, suintant au front de mes nuits, recueilli dans le linge lourd des angoisses
arbre d’os, de veines ouvertes, d’écorché revenant du profond des âges, ni blasphémé ni applaudi mais fidèle comptable de ses organes devant son opiniâtre acquiescement au monde
arbre d’ambition souveraine à ne survivre à d’autre froid qu’à celui d’une mort harcelante et noueuse qui au creux de ses bras aimerait l’emmurer
C’est encore une fois une joie de vous lire, j’attends les suivants avec impatience !
Rares sont les sites qui offrent autant de bons contenus ! bravo