Marie-Christine Guidon – Le souffle du sacré

Lecture de Marie-Christine Guidon, publiée in Arts et poésie de Touraine.

Le souffle du sacré
Textes de Michel Diaz
Peintures de Patrice Delory
Postface de claude Louis-Combet
Aux éditions Unicité


Cet ouvrage remarquable traduit la synergie entre les textes de Michel Diaz et les peintures aux
limites de l’abstraction de Patrice Delory. Portraits empreints de mystique et prose poétique se
font face, suscitant une part de mystère qui interroge et déstabilise… L’impression est
renforcée par les visages à l’allure spectrale qui évoquent l’effacement « le visage n’est jamais
que trace, de cet autre qui nous précède dans un passé dont ne demeurent que les ruines, alors
même que nous pensions en connaître l’histoire ». Pour certaines toiles, les lignes entrecroisées
semblent symboliser les failles de l’Être humain, ses peurs, ses douleurs « traces inscrites
dans la fulgurance ». On ressent l’énergie de ce souffle du sacré, véritable dialogue poétique et
pictural qui ouvre des portes à la réflexion, nous amenant à une prise de conscience implicite, à
une exploration profonde dans ce « territoire d’incertitude » puisqu’il « nous faut toujours, et
contre tout, ranimer la clarté ».
« À qui est ce visage qui nous regarde, réfugié dans un nom oublié » « À quoi bon lui donner
un nom » « le visage, lui, est trace humaine du passage. De ce qui n’a ni origine ni peut-être
fin » et révélateur d’un sacré anthropologique. Strates du temps et de la matière conduisent à
reconsidérer les différents chemins du sacré aux acceptions plurielles.
Dans le dépouillement, l’absence d’artifices, on se trouve alors confronté à l’essentiel, livré à
une expérience « porteuse du sens des siècles passés » qui bouscule en épousant l’infiniment
grand. Et dans le désenchantement du monde, le sacré se découvre au hasard d’un regard, dans
l’éclat des couleurs. Il échappe parfois aux mots et conduit à une spiritualité que chacun
ressent à sa manière. Regarder ces toiles, nous dit le poète « inspire le silence, celui qui, que
nous soyons croyants ou non, s’impose naturellement à nous devant des images d’autel, et
avant même qu’intervienne dans un second temps, tout jugement d’ordre esthétique ». Le sacré
se manifeste alors dans le vécu de notre expérience personnelle hors des rituels codifiés,
relevant de moments de grâce, de connexion avec soi-même dans l’instant présent.
La conjonction entre les visages fragmentés de Patrice Delory et les mots profonds de Michel
Diaz, cris et silences, tumulte et paix, crée une tension intense et singulière afin, peut-être, de
provoquer un éveil spirituel chez le lecteur et le sortir de sa zone de confort… « Approchez
vous, afin de mieux entendre, derrière ces mots exsangues, la rumeur secrète de leurs nœuds
de silence. Lisez, par transparence sur ces lèvres, vous percevrez un peu de son souffle
lointain, du feu qui couve encore sous le sommeil des pierres ».
Et dans le prolongement de ce moment de partage, comme l’écrit Claude Louis-Combet dans
sa postface « Oreilles et yeux ouverts, nous sommes invités à naître à une nouvelle peau, à
respirer dans un monde presque habitable ».


Marie-Christine GUIDON

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