Antoine de Matharel – Embrasures

Note de lecture d’Antoine de Matharel publiée in Poésie sur Seine, N° 119, septembre 2026.

Michel DIAZ

EMBRASURES

Ed. Le Taillis Pré, 2026

           Qu’est-ce qu’une embrasure ? C’est à la fois un vide échancré dans un mur et une ouverture sur l’extérieur. Ces deux notions de vide et d’ouverture rendent compte de la pensée de Michel DIAZ, une pensée qui nourrit l’ensemble de ses poèmes et plus particulièrement ceux qu’il nous donne aujourd’hui à lire : un recueil de poèmes en prose, d’une richesse poétique éblouissante, et que l’on ne peut  lire sans en tirer une réflexion de fond sur le sens de nos existences. A supposer du moins que nos existences aient un sens er soient justement autre chose que ce vide qu’évoque pour nous le titre du recueil. Mais l’ouverture, c’est aussi, comme le dit Michel LAMART en postface, « ouvrir les fenêtres, toutes les fenêtres y compris celles qui font écran, grâce au mots devenus embrasures de l’âme », – « Nous avons longtemps cru, écrit le poète, qu’allonger le pas suffirait à nous rapprocher un peu de la courbe de l’horizon et des trouées de ciel ». Mais il ajoute : « nous savons désormais, au-delà de toute illusion, qu’au fond de la parole nous ne cherchions rien d’autre que la trace d’un soleil perdu ». Et le poème se conclut, à la façon de CAMUS (le mythe de Sisyphe) sur une sensation de l’absurde, la répétition sans but des jours de notre vie : « avancer aveugle à soi-même ne nous mène qu’au seuil d’un nouveau jour à vivre ».

           Cependant le poète ne se limite pas, comme son maître à penser, à ce point d’arrêt de l’absurde. Pour lui la poésie nous permet d’aller plus loin dans l’interrogation du monde, « atteindre un jour « la vraie vie » (Rimbaud)… avancer, fixant le tremblement de ce qui toujours se dérobe et se tait » – « Ce qui éclaire nos pas dans la nuit, c’est le souffle des mots perdus hors de leur cage d’air, ce qui fait le chemin, c’est toute l’eau du ciel dans les feuilles de la forêt, ce qui se lève de clarté dans la résonance des pierres, dans ce silence dont la nudité nous blesse mais dont il faut remplir ses mains comme on puise au murmure d’une source cachée ».

           La vie de la nature et des mots se confondent ainsi : pour nous permettre de « passer le relais du silence au silence… laissons venir pour les aimer les bourgeons de ces mots étonnés d’eux-mêmes, qui cherchent à s’ouvrir dans les déchirures du temps ».

           Antoine de Matharel

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *