Francis Bacon – le lieu du visage

Extraits traduits en espagnol par le poète Miguel Angel Real, publiés dans la revue Oceanum (sept. 2026)

Pour accéder aux pages de la revue, cliquez sur le lien ci-dessous :

https://revistaoceanum.com/revista/Numero9_9.pdf#page=45

Au commencement n’était pas le Verbe, mais le
Visage.
Qui, déjà contenait sa fin. Et, entre deux,
l’inachevé, dans quoi nous cheminons.
A l’origine, le visage.
Comme né des nuages ou surgi de la pure
lumière, don des hauteurs insoupçonnées? Ou
des insongeables ténèbres?
Jaillissement bouleversant dont l’éclat soudain
nous aveugle. Et ne cessera jamais de nous
aveugler. Besoin, désir, espoir d’appel au milieu
de tous les appels, de toutes les rencontres et de
tous les refus.
Appel de qui nous tient captif dans le miroir de
sa présence et de sa ressemblance. Qui ne nous
accorde existence que dans l’appel muet, tourné
vers nous, de son propre regard aveuglé.
Mais répondre à l’appel, aller vers l’Autre, son
visage, est chemin de neige et de brume, de
sable et de boue. Comme venir du sien au nôtre
est mêmement chemin de tâtonnement et
d’éternelle incertitude.
Et entre eux deux, l’épreuve capitale du
dévoilement.


En el principio no era el Verbo, sino el Rostro.
Que ya contenía su final. Y entretanto, lo
inacabado, por donde caminamos.
En el origen, el rostro.
¿Como nacido de las nubes o surgido de la pura
luz, don de alturas insospechadas? ¿O de las
tinieblas insoñables?
Surgimiento conmovedor cuyo destello
repentino nos ciega. Y nunca dejará de cegarnos.
Necesidad, deseo, esperanza de llamada en
medio de todas las llamadas, de todos los
encuentros y de todos los rechazos.
Llamada de lo que nos mantiene cautivos en el
espejo de su presencia y de su semejanza. Que
no nos concede existencia sino en la llamada
muda, vuelta hacia nosotros, de su propia
mirada ciega.
Pero responder a la llamada, ir hacia el Otro,
hacia su rostro, es camino de nieve y bruma, de
arena y barro. Como venir del suyo al nuestro
es mismamente camino de tanteo y de eterna
incertidumbre.
Y entre ambos, la prueba capital de la revelación.

Textos de Francis Bacon, le lieu du visage (Ed. Encres vives, 2025)

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Visage aux lèvres distordues, leur bourgeon
vénéneux qui nous nargue, et ce juste miroir de
nous-mêmes qui nous jette en plein cœur notre
image, dans sa trajectoire explosive, raccourci
foudroyant de ce qui nous confronte et nous
mesure, dans son opiniâtre détresse, à ce qui
veille et brûle au plus à-vif de notre volonté à
être dans un surcroît d’être, c’est-à-dire artisans
hasardeux d’une humanité toujours en sursis.
Visage qui nous dévisage au bord de ses
ténèbres, tel un escarpement qui nous
surplombe, nous invite à interroger ces
territoires assiégés de nuit qu’à nous-mêmes
nous sommes, ce confus entrelacs de racines, ce
ramas de tessons où nos yeux se déchirent, cette
contrée lointaine où scintille pourtant, nous
appelant sur l’autre rive, une échancrure de
clarté.
Masque, embrasure de parole nue, qui nous
enjoint de nous tenir debout, au seuil de ce
théâtre de dévoration, à défier du fond de nos
blessures ce qui nous épouvante, et à saluer
dans le même temps ce qui nous en délivre.


Rostros de labios distorsionados, con su brote
venenoso desafiándonos, y ese justo espejo de
nosotros mismos que nos arroja al corazón
nuestra imagen, en su trayectoria explosiva,
escorzo fulgurante de lo que nos confronta y
nos mide, en su terco desasosiego, con lo que
vela y quema a carne viva nuestra voluntad de
estar en una añadidura de ser, es decir, artesanos
inciertos de una humanidad siempre en
suspenso.
Rostro que nos escruta al borde de sus tinieblas,
como una escarpadura que nos domina, que nos
invita a interrogar esos territorios asediados de
la noche que somos para nosotros mismos, ese
confuso entramado de raíces, ese montón de
esquirlas sobre el que nuestros ojos se
desgarran, esa comarca lejana donde brilla,
empero, llamándonos a la otra orilla, una
muesca de claridad.
Máscara, vano de palabra desnuda que nos
ordena permanecer de pie, al umbral de ese
teatro de devoración, para desafiar desde el
fondo de nuestras heridas lo que nos aterra, y
para saludar al mismo tiempo lo que nos libera
de ellas.

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