Archives de catégorie : Chroniques, préfaces et autres textes

Mécomptes de Noël – Gabriel Eugène Kopp

MÉCOMPTES DE NOËL – Gabriel Eugène Kopp – Editions de L’Ours Blanc (2016)

Collection Etrange et Fantastique

Chronique publiée dans le numéro 49 de Chemins de traverse.

Revisiter nos mythes, qu’ils soient gréco-latins ou judéo-chrétiens, a toujours quelque chose de salutaire et de rafraîchissant parce qu’ils retendent nos liens avec le vieux fonds, inusable, de notre civilisation et de nos origines culturelles, nous redonnant ainsi matière, les réinterprétant à l’aune du présent, à repenser ce que nous sommes et à retrouver nos repères.
S’amuser à revisiter, aujourd’hui, le tout jeune mythe (au demeurant si discutable) du Père Noël, pourrait prêter à sourire, et on aurait bien tort de se gêner car l’auteur, en effet, s’amuse ouvertement, jouant des degrés de l’humour, à utiliser le grinçant ou le noir, comme aussi le burlesque ou l’absurde. Mais on aurait tout autant tort de ne pas le prendre au sérieux, car G. E. Kopp se livre dans ses Mécomptes de Noël à un exercice de réflexion qui nous met face à notre monde: un monde où les repères sont brouillés, le présent hasardeux, le futur chahuté, les croyances agonisantes, le sacré mis à mal, les valeurs essentielles de l’humanité broyées dans les rouages impitoyables de l’économie moderne et de la surconsommation de tout et de n’importe quoi, piétinées sous la botte des quelques puissants qui dépècent notre planète, n’ayant pas autre chose à prouver que leur appétit sans limite.

On aura compris que, sous couvert de nous raconter des histoires « à dormir debout », les douze nouvelles contenues dans ce recueil, taillées dans une langue énergiquement efficace, ne sont pas toujours charitables avec notre époque. On peut y lire, métaphoriquement, la chute de la courbe de la foi dans l’existence du Père Noël, sa pléthorique multiplication dans de grotesques avatars, comme l’affaissement de nos capacités spirituelles, mais aussi bien l’effondrement des croyances et espérances dans ce que l’homme, il y a peu encore, pouvait rêver d’un meilleur avenir terrestre. A quel prix remplace-t-on Dieu, le suprême Arpenteur, Créateur d’univers, par la figure dégradée d’un vieux bonhomme, « un petit vieux, fada et bringuebalant », et incontinent qui plus est ?…
Car il nous faut l’admettre: le Père Noël est bien mal en point. Il n’est souvent, dans ces histoires, que l’ombre de lui-même, secondé dans sa tâche par de « petits bras » sans charisme ni envergure et, pire encore, quelquefois victime de complots conduits par de fades usurpateurs. Mais privé de croyance, d’espérance et de rêve, le monde est menacé de sombrer dans un pire avenir, celui d’incertains lendemains d’où le jour se retire, laissant la nuit couvrir non seulement l’espace de la terre, mais encre gagner l’esprit et l’âme de ses habitants. Sorte de fin du monde qui sombre dans le noir de l’incrédulité ? « Au bout de quelques mois (…) du sol au plafond, du ciel à la terre, hommes, bêtes et plantes, mobilier et installations, cabas et cerfs-volants, tout avait plongé dans le noir. »
Et Dieu le Père, qu’a-t-il encore à faire dans cette galère ? Vieillard à barbe blanche, lui aussi, myope, cassé de rhumatismes, cacochyme et goutteux, relégué au placard des légendes caduques (sinon par quelques fous haineux intoxiqués de violence fanatique), lui aussi se retire sur son nuage et perd pied dans un univers où l’on ne peut plus refuser de voir que quelque chose a « pu foirer », où l’on peut très sérieusement s’inquiéter « des enfants, de l’espoir, des valeurs fondamentales perdues de l’humanité, des adultes criminels, du désespoir, de la folie qui (se sont) emparés du monde. » Un monde, comme dit encore l’un des personnages, dans lequel « même le bon Dieu ne pourrait rien y faire, partis comme nous sommes partis dans cette humanité de merde. »

Certes, la figure du Père Noël n’a jamais (ni de près, ni de loin) relevé du sacré ni de la moindre spiritualité, et G. E. Kopp use largement de la palette de son humour vachard et fantaisiste pour ridiculiser souvent ce personnage qui a pu, un temps, se tailler une place de choix dans notre imaginaire collectif, mais il n’empêche qu’il incarne (que nous le voulions ou non) la part perdue dans le territoire de cette innocence dont nous demeurons nostalgiques et à jamais dépossédés.
Instants de grâce de l’enfance, comme ceux où le narrateur d’une autre nouvelle retrouve l’humble cerf-volant en papier kraft bleu qu’il avait bricolé, tout gamin, des décennies plus tôt. Instants de grâce encore de l’adulte quand ils lui sont, quelques secondes, redonnés; et quand c’est quelquefois le cas, miraculeusement, pourquoi « faire le difficile » ? « Le bonheur (est) le bonheur ! » Et bon à prendre quand il passe. Comme une miette de salut.

Au-delà de la drôlerie de beaucoup de ces textes, de l’étrangeté des situations et des événements, de l’intrusion de l’improbable et du surnaturel, du recours à l’absurde d’une logique déjantée, au-delà de ces ingrédients narratifs qui rattachent ces histoires au genre littéraire de la « fantaisie » (nous serions en 2020), et leur servent, me semble-t-il, autant de matière que de prétexte, la démarche de G. E. Kopp s’apparenterait à celle d’un sociologue recueillant des observations, anecdotes et témoignages, qui lui permettraient d’étudier tels aspects d’une société à tel moment de son histoire.
Le décalage temporel est presque insignifiant (2020 c’est presque aujourd’hui), mais suffisant à notre imaginaire pour permettre au lecteur une projection dans la brume de notre futur, avenir immédiat mais chargé de tous les possibles, quand on sait que le monde où l’on vit, aujourd’hui, est déjà lourd de toutes les menaces de l’incertitude et de l’imprévisible.
Cette démarche, dont la liberté d’imagination littéraire s’autorise à user de ces décalages, temporels et spatiaux, nous inciterait à établir un parallèle entre ces histoires et quelques-unes de Voltaire, comme « Le Huron » ou « Micromégas », ou même avec le Gulliver de Swift. C’est-à-dire, si nous posons ainsi cela, que les nouvelles de G. E. Kopp entreraient dans le champ littéraire de ces contes philosophiques dont le XVIIIème siècle a si largement et si pertinemment usé.
Oui, nous avancerons ici volontiers que le recueil Mécomptes de Noël s’apparente à ces contes ou romans philosophiques que la littérature, au cours des siècles, n’a jamais abandonnés (Balzac, Stevenson, Calvino, Wells, Bradbury ou Borgès, par exemple) pour mieux nous tendre le miroir de nos angoisses et perplexités, et de cette énigme infinie qu’est l’homme pour lui-même. Pour nous mettre face aussi à des temps dans lesquels les routes humaines deviennent incertaines. Demeurent la littérature et l’art pour éclairer un peu, plus loin, nos jours embarrassés de doutes. La poésie aussi. Et ce livre n’en manque pas.

Michel Diaz, 03/02/17

Je, tu, il – Claude Cailleau

je-tu-il-couvertureJE, TU, IL – Claude Cailleau
Editions Tensing (2016)

« Je marche dans la grande maison, désœuvré, solitaire. Les fauteuils où personne ne s’assied poursuivent une étrange conversation. Vous me trouverez sans mal. Le bureau est au fond à droite, vous ne pouvez pas vous tromper. Tout était là, sera encore après. Ce que pèse le temps sur mon épaule, le dirai-je ? […] Vous me trouverez, vous dis-je, à la croisée des chemins de l’intrigue. Et de l’absence. […] … les livres ont vieilli; debout, pierres levées, sur les rayons, sentinelles du temps replié dans les pages qui tiennent ma voix prisonnière. […] Tu ne sais plus que cheminer à contre courant dans ta mémoire… »

Avez-vous, « dans l’oreille de votre mémoire », le Stabat mater de Pergolèse ? Avez-vous en tête comment cela commence, ces notes basses, confidentielles, qui remontent du De profundis, s’élèvent à mesure que la cadence de leur gravité vous empoigne le cœur ?… Mais avez-vous aussi en tête l’une ou l’autre des Leçons de ténèbres de François Couperin ? Cette voix de soprane ou de haute-contre qui déroule la ligne pure d’un chant où ne semble avoir été retenu, sur fond de clair-obscur, de basse continue austère et calme, que l’essentiel de ce qui, de la plainte ou de la prière, vous nourrit d’un apaisement appelé du dessous des remous d’une eau sombre, mais un apaisement profond voisin de la quiétude qu’inspire la méditation ? « Il me plait de penser qu’un jour, dans un temps lointain où je ne serai plus, un enfant désœuvré viendra s’asseoir à l’ombre de mon chêne pour y écrire le livre de sa vie. »
J’ai lu ce Je, tu il, comme souvent je lis, en suivant les chemins qui longent la rivière, traversent les sous-bois, sous un ciel gris d’automne qui annonçait autant la pluie que quelque échappée de soleil. Un ciel doux et léger comme un duvet de tourterelle. Des chants discrets d’oiseaux, ici et là, comme s’ils s’efforçaient de ne pas troubler le silence. Pour mieux faire de place à cette voix tranquille qui frayait son chemin à travers la brume des mots. « Voix de l’Autre qui souffre, chemine nos pas et parle au fond de nous ? Voix qui s’élève, pure, gommant la tourbe de nos mots, faisant de la lassitude un chant pour vivre encore… » Et l’entendant monter aussi en moi, page après page, j’y ai superposé (sans l’avoir consciemment convoquée) la musique de Couperin et de Pergolèse.

Dans la dédicace de ce dernier opus, qu’il m’a adressée et que je prends la liberté de révéler (m’en voudra-t-il de cette indiscrétion ?), Claude Cailleau se demande si « ces petites proses » peuvent prétendre être des poèmes. Et il ajoute : « la poésie, je ne sais pas ce que c’est, et cela m’ennuie bien. »
A cela, je lui répondrai que ne pas savoir ce qu’est la poésie n’a peut-être pas grande importance, que l’on peut se moquer de ne pas le savoir, qu’elle est dans ce que l’on écrit – ou bien n’est pas –, et que si elle y est, c’est tant mieux qu’elle y soit sans avoir répondu à cette intention de « poétiser » qui bien souvent la ruine. Comment ne pas lui rappeler ce qu’Henri Michaux déclarait à propos de lui-même : « Je ne sais pas faire de poèmes, ne me considère pas comme un poète, ne trouve pas particulièrement de la poésie dans les poèmes et ne suis pas le premier à le dire. »
Mais je repense aussi, par la même occasion, à ce que répondait Alain Guillard (bien beau poète lui aussi) au cours d’une interview à laquelle j’assistais : « Je n’appelle pas ce que j’écris « poèmes », parce que je ne sais pas ce qu’on appelle « poésie », je préfère dire mes « textes ». Mais si on les appelle des « poèmes », pourquoi pas ? Cela m’est égal. »

Nous sommes bien d’accord.
Dans ce recueil, Je, tu, il, trois pronoms personnels qui désignent la même personne (mais ne sommes-nous pas tout cela à la fois pour nous-mêmes ?), Claude Cailleau évoque, encore et toujours, l’enfance disparue, les lieux de sa mémoire, le temps qui passe, la vieillesse advenue et la mort qui approche. La vie qui file au long des jours dont on ne retient rien que les traces de cendres et les mots déposés sur ces « papier(s) de lune » :
« Tu suis l’étroit sentier herbeux qui ne mène, silencieux, qu’au bout de tout, au bout de rien, et ne finit que pour finir. […] L’automne y fait saigner tes rêves. Tu suis l’étroit sentier de la vie. Le vent qui souffle y embroussaille tes mots de hasard que tu jetais au ciel pour rien : nul ne les entendait. »

Je ne sais, pas plus que l’auteur, ce qu’est la poésie, mais je suppose qu’elle doit être quelque part, dans cette manière si particulière de poser les mots sur la page, cette aptitude qu’ont certains d’évoquer choses et sentiments, de rendre si précisément ce que l’on estimait si difficilement formulable, de mettre si évidemment au jour ce qui n’est réservé d’abord qu’à l’intime de nos pensées, de nous toucher au plus profond quand le « il » de l’auteur se confond avec notre « je », et que ce « tu » devient très exactement notre double.
Peut-être que la poésie tient encore, aussi, à ces « trouvailles » de langue (allez, presque au hasard, frappées, on le dirait, comme des aphorismes : « La vie était douce, qui coulait son soleil dans les veines sans qu’on le sût. » / « Les heures se taisent comme des maisons vides. » / « Le monde dans la vitre est-ce vivre ou veiller ? » / « Au bout de la jetée, un monde appelle quand un autre appareille. » / « La détresse du monde gît dans l’homme qui découvre le visage de sa mort. » / « La vie pourtant, quand l’horloge compte les heures à venir. »). Oui, peut-être tient-elle à cette manière de formuler ce qui se tient dans l’ombre des pensées, en lisière de mots, apparaît en pleine lumière et soudain nous aveugle les yeux d’une évidence que nous ne voulions pas voir, sonne juste comme un timbre de cloche.
Ce mot de « cloche », justement, me permet de faire une inattendue transition avec ce texte que je citerai en entier :
« Une cloche a sonné. Les yeux s’éteignent, noyés dans l’ennui du petit village. Pourtant la page du jour est encore vierge. Le chemin t’attendait, dans l’or sanglant du crépuscule. Le vent fait choix de feuilles mortes pour apaiser ta faim d’automne. Alors… alors tu repousses loin derrière la haie ta fatigue de vivre. Ce soir encore tu sauras partager la solitude des arbres dans la forêt voisine, écouter la nuit qui réveille, fidèle, les jours d’autrefois, et tamiser les mots qui jouent à la tempête de sable, espièglement, sur ton papier de lune. »

Je, tu, il, texte grave, qui pourrait passer pour sombre, est un texte méditatif, « leçon » non de ténèbres mais plutôt de lumière tout intérieure (pourrait-on parler de « lumière noire » ?), qui nous jette au visage les lueurs de ses rougeoiements. Un ouvrage que l’on peut lire comme on regarde, assis devant un feu de cheminée, un feu qui se consume. Il est, entre nos mains, lecteurs qui aimons retrouver ce poète, cette « flamme qui veille dans l’âtre (et qui) éclaire ton visage. On pourrait y lire ce que tu te caches à toi-même. »
Ce que nous nous cachons à nous-mêmes, Claude Cailleau nous aide à mieux le déchiffrer, à l’accepter peut-être.
Et c’est bien la fonction de la littérature, et plus particulièrement de la poésie, que de nous permettre de sentir plus intensément les choses. A lire Claude Cailleau, nous avons encore le sentiment qu’il travaille à ce que chaque matin soit plus pur et plus profond que tous ceux qui l’ont précédé. En dépit de la mort qui nous cerne, la vie, d’abord, est dans ce que l’on cultive d’espérance qui persiste, au seuil de chaque jour, peut-être de chaque heure qui nous est accordée en sursis, à faire « naître dans le miroir d’un jour de neige l’immaculé rêve de vivre. »

Michel Diaz, 17.10.2016

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Un scarabée bruissant du rêve – Pascal Revault

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UN SCARABÉE BRUISSANT DU RÊVE
Pascal Revault – Editions Musimot (2015)

Chronique publiée sur le site des éditions Musimot

« j’ai rencontré des formes glacées
trop immobiles et noires
pour des apparitions de ce temps

qui hantent les souterrains humains
leurs porches
et leurs dédales

comme des veilleurs
attendent
de sortir de leur chrysalide

nous rejoignent
et traversent nos flancs
d’une marche redoutable

et j’ai vu les mouches
s’acharner sur les yeux
du souffle pénible
d’un hérisson » (Ici au débord d’un mur)

Ce sont là des mots de fraternité miséricordieuse adressés aussi bien à ces êtres de l’ombre (sont-ils hommes encore ?) qu’au hérisson agonisant. « L’autre » est pourtant celui, humain, qui traîne en clandestin le poids de ses misères, comme aussi, animal, celui qui meurt dans le silence de sa solitude, en seule compagnie des mouches.
Nous le voyons ici : prenant résolument appui sur ce que donne à voir notre fréquentation des êtres et des choses, l’écriture de Pascal Revault a pourtant quelque chose qui relève de l’onirique. En tout cas quelque chose qui, nous privant d’abord de nos repères, nous introduit dans un théâtre d’ombres et de lumières où ce que nous reconnaissons du monde revêt une autre dimension que les mots chargent d’une force singulière.
Cela est dû sans doute au fait qu’accordant moins de place à l’intériorité méditative et à l’introspection qu’à la dimension visuelle, cette poésie tournée vers le monde, ses maux et ses bonheurs, en un mot vers « les autres », privilégie une esthétique descriptive où ce qui y est dit se trouve aussi « dramatisé » (dans le sens plus « théâtral » de ce terme), c’est-à-dire donné à voir avant d’être donné à comprendre. Démarche aussi qui, s’emparant des éléments de la réalité (êtres, événements ou choses), en retient les lignes de force, les soulignant, les durcissant parfois, mais les dépouille bien souvent jusqu’au signe calligraphique, dans un geste d’épure qui leur fait perdre leurs contours initiaux pour nous ouvrir à d’autres perceptions, c’est-à-dire à d’autres aspects de la même réalité.

Ainsi, cet texte par lequel s’ouvre le recueil,
« un scarabée

retourne sa chitine noire
entre les rainures métalliques de la fenêtre

avant

tout bruissant des mains ensablées
qui cherchent à le caresser

de porter ce rêve
visible de l’Océan »,
mots où s’unissent, sous un même regard attentif, dans l’élan hésitant d’un geste, le respect bienveillant pour la vie, aussi humble soit-elle, et ce que l’envol d’un insecte par la fenêtre nous dit de nos aspirations à ces rêves de liberté que nourrit le grand Océan.
Ainsi, encore, très vraisemblablement, dans La lagune, le franchissement d’un pont métallique à la nuit tombante devient-il sous les doigts de l’auteur la descente d’un fleuve sillonné par « les corps des pirogues », substitution de ce que voit l’œil de chair par une autre vision, tout aussi recevable, où les yeux de l’imaginaire sollicitent les autres sens :
« j’aimerais bien écouter leurs pagaies
tinter contre les piliers

de cette langue de métal
sur laquelle nous roulons ».
De même, l’évocation d’un port en pleine activité (L’hôtel du port), on devrait dire en pleine effervescence, devient-elle la scène d’un monde livré à la folie d’une mécanique infernale où
« cela chuinte, grince, gratte, cogne
et craque, tape et craque
comme un fil de fer tordu
dans tous les sens au beau milieu
des sirènes et des avertisseurs »,
un monde déshumanisé (oui, bien sûr, « cela suppute, raconte, ronfle/ ripe et râpe, clique et claque », et « cela » nous paraît réduit à l’état de machines humaines), mais un monde où, soumis aux lois et au bon vouloir d’une « petite mélodie de cloches », de ces grues qui dévident leurs fils d’araignée, et de ces containers « rouillés et usés par le sel » dont nous ne savons ni ce qu’ils contiennent, ni d’où ils viennent, ni où ils vont, nous avons peut-être perdu l’usage de nos vies et la maîtrise de nos destinées.

Destinée à coup sûr, celle-là, lacérée par les guerres des hommes dont les ravages d’incendies se lisent encore sur le visage de cette exilée (Des yeux de fer glacés racontent), portrait en noir et blanc barré de cicatrices, où l’on voit qu’
« une larme bien dure
illumine ce visage et ses lèvres
qui ne tremblent plus
et soufflent ».
Celle-là fait partie de la « horde » de ces errants qui, fuyant « le bruit des bottes », s’échappent de l’embrasement de leur maison, « sans retour possible » et cherchent désespérément en se jetant
« dans le vaste déversoir
des mers à retrouver
de la chaleur humaine » (Les langages de l’exil).
Vaste troupeau hagard de
« ceux et celles qui partiront
les yeux éreintés de leurs souvenirs
d’animaux et de végétaux disparus
au milieu des vagues visqueuses qui dévorent la terre » (A la table d’un café sur terre)
Mais Pascal Revault ne compatit pas seulement aux drames et misères des hommes. Il prend aussi parti contre ces autres violences que l’homme inflige à la nature, sur toute l’étendue de la planète, la dépeçant jour après jour et la martyrisant, lui arrachant partout les cris de la souffrance, comme ceux de cet arbre de la forêt guyanaise, ces
« hurlements d’un corps énorme
qui chute
et précipite d’autres vies avec lui »,
et il nous laisse
« imaginer la trouée laissée dans ce ciel
baignée du soleil demain matin
pour d’autres vies » (Le chablis)

On voit que le recueil de Pascal Revault ne nous épargne pas la rudesse du monde, ce monde où « les chants hurlent l’espoir de vivre en rage » et où « les abeilles se font voler leur nectar par les humains » (Bien après l’île de Kos, Valérie). Mais il contient aussi des pages où l’évocation de l’autre, des autres, de la nature, des animaux, de la mer, des éléments, sont une ode à la vie et à la liberté, au pur et simple bonheur d’être et de se sentir pleinement vivant, de se dresser dans la lumière comme
« les peaux des arbres s’enroulent
vers le ciel en écartant leurs cimes
si forts, qu’on les entend déjà dire

l’incommensurable » (id.)
En témoigne encore ce texte, En mer, magnifiquement lumineux, qui évoque une longue séance de nage dans le large des eaux de la Méditerranée :
« la tête, les pieds et les mains heurtant les flots
avant de prendre un cap
c’est en mer la nage nue

l’écume des talons qui émergent
répond aux gouttes projetées par l’appui des paumes
et des épaules qui roulent

les bulles chuintées contre le torse
c’est mieux dévisager le fond
et les miroirs bleutés des ondes sous-marines ».
Et c’est alors, allant plus loin vers l’horizon et perdant de vue le rivage, que s’insinue la tentation de ne pas revenir, de se confondre avec le fond du ciel et l’étoffe des vagues,
« cœur heureux de sa propre chaleur qui exulte
vivre la nage de l’infini

non comme un désespoir
mais une chance à saisir
immense, de tout ce qui pourra s’accomplir ».
Tentation « d’aller de l’avant encore », non pour tenter l’orgasme torturé de la noyade, mais pour mieux se confondre avec les éléments dans la profonde exultation (mais on pourrait dire « l’extase ») de se sentir vivant, libre à ces instants-là de tout, et provisoirement oublié par le temps.

J’aimerais terminer ces pages en citant le texte, La ville des oiseaux, qui conclut ce recueil :
« à l’aube
le soleil
sommeille
quand les mélopées humaines
rejoignent
le chant des oiseaux

étonnés

puis surpris
par les pas
et les paroles
qui surgissent
des voûtes étoilées
de la ville qui se réveille

et les font se taire ».

Un scarabée bruissant du rêve est un beau livre qui ne cède jamais à la facilité, mais qui nous aide à espérer, comme dans le texte précédemment cité, que la Terre pourrait être ce lieu habitable où chacun trouverait sa place et qui permettrait, à l’aube des jours neufs et toujours à réinventer, que les voix qui la peuplent, par moments, se rejoignent.

Michel Diaz, 09.10.16

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Fantaisies – Bernard Henninger

fantaisies-couvertureFANTAISIES
Bernard Henninger – Editions Blogger de Loire

Bernard Henninger, romancier, nouvelliste, n’est pas poète, et il le dit, prévenant avec modestie ceux qui sont curieux de le lire.
Mais qui aurait le front de soutenir qu’écrire de la poésie serait le fait des seuls « poètes » (la plupart du temps, d’ailleurs, « autoproclamés »), la chasse gardée de ceux-là qui prétendent en détenir les codes et en faire une affaire de cercles « d’initiés » ?
« Je ne sais pas faire de poèmes, ne me considère pas comme un poète, ne trouve pas particulièrement de la poésie dans les poèmes et ne suis pas le premier à le dire. »
Est-ce Bernard Henninger qui insiste ? Non pas. C’est là ce que déclare Henri Michaux à l’égard de lui-même. Et bien soit, B. Henninger n’est pas plus poète qu’Henri Michaux, tenons-nous le pour dit.

J’aurais pu cependant commencer cette chronique en reproduisant… quoi… ce poème, ce texte, cet objet non identifié ?… Allez, simplifions-nous la vie en disant ce « poème » dont le titre, Lumbago, évoque les difficultés d’un corps paralysé par la douleur :
« Dimanche, immobile,
En chien de fusil,
Par terre, tête vide.

Lundi, à quatre pattes,
Puis tête en équilibre
Sur le dos, fragile et
Muscles en papier mâché.

Mardi, debout me suis mis,
Presque fier, d’être droit
Sans me servir de mes mains. »
Si je tenais à faire cette citation pour aborder ce livre, c’est qu’au-delà de cette évocation dont la simplicité a des allures de comptine, ce texte adopte une manière de parler du mal en le tournant en dérision, et qu’on peut aussi bien le lire de manière métaphorique. Débarrassons-nous de la comptine où le lundi, le mardi et les jours suivants, « le roi, la reine et le p’tit prince sont venus chez moi pour me serrer la pince », mais, plus sérieusement, on connaît la question que pose le Sphinx à Œdipe : « Qui, le matin…, à midi…, le soir…? »
Et c’est bien aussi (surtout) le fait de la poésie, revendiquée ou non, que de proposer aux mots de la langue une pluralité de sens et d’ouvrir, dans ce qui est dit, des chemins d’interprétation où se révèle quelque chose de plus essentiel. En effet, comment ne pas lire (en dépit des protestations que l’auteur ne manquera pas d’élever), dans cette pénible victoire remportée sur le lumbago, une volonté de l’esprit (on pourrait en faire une « éthique ») de lutter pour se redresser, et de traverser les épreuves de l’existence (physiques ou morales) pour en arriver à « se tenir droit » ? Trouvera-t-on cette interprétation abusive ? Nous reparlerons plus loin de cette « droiture ».

Donc, Bernard Henninger ne se prétend aucunement poète, disions-nous d’abord, mais le fait est là, il écrit de la poésie, en tout cas quelque chose qui lui ressemble.
En parcourant les textes qu’il a réunis dans ce recueil et qui couvrent pas mal d’années, on se rend vite compte que quelque chose est là, qui nous prend sitôt par le cœur, dans la clarté du dire, la fluidité des phrases. L’écriture de B. Henninger répond exactement à ce qu’il a écrit dans la postface à son ouvrage : « travailler, produire, et travailler à produire un regard distancié, de façon à voir mes fautes, mes imperfections, sans complaisance, et sans un emballage illusoire, ni vanité qui abêtit, ni puérilité consistant à tout casser dès la première faute – autre écueil – puis recommencer : produire, trouver le regard, source de créativité, produire l’objet désiré en lui donnant – sans dissimuler mes fautes – la plus grande droiture possible. »
Revoilà le mot de « droiture », non revendiquée en exemple à suivre, mais comme idéal personnel de vie, en tout cas d’écriture, mot auquel il faudrait accoler encore celui d’humilité.

Mais allons vers le corps du livre.
A lire ce recueil, on voit que Bernard Henninger reste attentif au monde, au règne humain et animal (animaux et insectes), au végétal encore, c’est-à-dire à celui du « vivant », qui les concerne tous les trois et les anime d’une vie secrète dont l’esprit de la poésie sait nous rendre compte, puisque la poésie s’applique à (essayer) de déchiffrer, sur le mode du sensible, le mystère des êtres et des choses, qui n’est pas autre chose qu’une perception plus aiguë du Réel, c’est-à-dire de ce qui est.
Ainsi, le temps qui file entre les doigts d’une rêveuse énigmatique, inscrite dans un paysage dont on ne sait si c’est la mer ou la montagne :
« Ses doigts que l’on dirait crispés
Sur une ultime énigme
S’ouvrent et laissent couler
A nos pieds un filet de sable. »
Ou ce qui apparaît dans ce pudique et émouvant hommage, rendu comme l’effleurement d’une caresse, à ce chat disparu qui, animal baudelairien, sait faire de sa mort une leçon de vie et, à coup sûr, de haute dignité :
« Ce n’était qu’un chat, un vieux chat malade,
Dix-huit, c’est un grand âge
Pour un animal aussi petit
Qui avait pris tant de place.

Dix-huit ans,
C’est le tiers de ma vie,
Il est parti serein, sage comme un sphinx,
Je vais le chercher
Encore quelque temps… je crois. »
Mais encore, à travers ces mots, cette attention à ce qui, dans l’ouverture de l’à peine perceptible, annonce le printemps, rappelant cet élan vital qui le perpétue :
« Au bord du chemin,
Le cerisier précoce ouvre ses rose pâle,
Sur les buissons des haies vives
Eclosent les fleurs minuscules,
Blanches et gracieuses,
Et dans le ciel, volant haut,
Les hérons cendrés
S’appellent à rudes cris
Pour annoncer
Le chambardement à venir… »

Ce souci de saisir les choses dans la brièveté d’une perception aussitôt dissipée rapproche la plupart de ces poèmes de ce à quoi s’attache la redoutable forme du haïku, et il n’est donc pas étonnant que Bernard Henninger s’y exerce à son tour. Je me contenterai d’en citer deux, souvenirs de voyage au Maroc, qui touchent à l’essence même du genre. Celui-ci d’abord :
« L’hiver des palmiers
Balançants,
Fruits aigres, les arbres rêvent. »
Et aussi celui-ci :
« Le soleil se reflète sur le cuir,
Voilé rythmiquement
Par le chiffon du cireur. »

Si la voix de l’auteur adopte quelquefois aussi des accents plus personnellement intimistes où douleur et détresse ne sont pas absentes (sans user d’effusions inutiles, mais dans la « distanciation », nous l’avons déjà constaté), comme ici, par exemple,
« Framboises fraîchement cueillies,
Glace à la vanille,
Elle avait tout apporté,
Il n’avait rien à offrir qu’une vague nausée,
Sauf sa fatigue et une dépression sans fond… »,
cela n’empêche pas son regard de balayer le monde, et images et paysages, impressions de voyages et scènes de vie dérobées comme des clichés, composent un tableau nécessairement fragmentaire, mais toujours plein de tact, où l’on voit que s’avance un homme qui, parmi ce qu’il voit et engrange de « choses vues » (j’emprunte ce titre à V. Hugo), prend la mesure de sa juste place. Peut-être est-ce l’une des voies qui conduisent à l’accomplissement de soi, qui implique de renoncer à ce qui n’est pas essentiel, implique de se dispenser de tout « emballage illusoire » et « vanité qui abêtit », quitte à le payer chèrement :
« Le prix de l’Accomplissement
C’est la solitude.
Le prix du Pouvoir,
C’est le Renoncement à soi,
La Servitude…
Entre Accomplissement et Pouvoir,
Il n’y a pas de choix,
Il n’y a qu’instinct. »
On serait tenté de prendre cela pour la « profession de foi » d’un individu engagé sur un chemin de vie et, pour une fois encore, filer la métaphore, supposer que « l’instinct » de l’auteur de ces textes le range du côté de ceux qui travaillent à s’accomplir, se contentant de faire simplement et justement leur travail d’homme, comme cet oiseau fait, aussi, « d’instinct », le sien :
« Perché au-dessus de la neige,
Le merle au bec jaune
s’essaie à quelques trilles. »

Bernard Henninger s’est de même essayé à ces « quelques trilles » qu’il nous livre dans ce recueil et se révèle dans ces textes sous le jour d’un auteur fraternel et généreux, infiniment sensible. S’il ne cherche pas à jouer au poète, la voix qu’il fait entendre, audible, simple et nette, porte en elle un chant singulier, la vie et la chaleur humaine. Le tout enveloppé d’une extrême pudeur.

Michel Diaz, 07.10.2016

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Allant vers et autres escales – Colette Daviles-Estinès

escalesALLANT VERS ET AUTRES ESCALES
Colette Daviles-Estinès – Editions de l’Aigrette (2016)

La poésie de Colette Daviles-Estinès est de celles qui convoquent le monde, indéfiniment renaissant et indéfiniment redécouvert, que la marche des mots accompagne :

« Chaque jour
Un mot comme un pas
J’écris : la bruyère rouge rampe
A fleur de pierre »

Chaque jour est un autre, nouveau, « cicatrice » du précédent, trace de celui qui suivra. Où il faut tout réinventer, sans autre choix que de le prendre en charge et s’y aventurer, comme on marche en terre nouvelle, et réhabituer ses yeux à la lumière, ré-accommoder son regard à ce qui constitue l’énigme du Réel. Comme au sortir de la pénombre ou des mauvais rêves des hommes, on doit d’abord se confronter à ce qui nous aveugle d’évidence, et qui est la beauté du monde dans sa simplicité première. Chaque matin,
« Il faut dénouer l’aube
comme un ciel s’éventre au palmier voyageur. »
Le monde est là, qu’il faut tenter de « ressaisir » et de ré-habiter. Y retrouver sa place, essayer d’y inscrire le fragile de sa présence, d’y rebâtir un provisoire nid que le vent, on le sait, risquera de jeter à terre, mais un nid grand ouvert sur l’espace du ciel et les quatre fenêtres de l’horizon. On peut alors :

« Imaginer
trois marches empilées dans le paysage
D’un côté, du blé
coiffé en brosse par le vent
De l’autre, des lavandes moussues
ou peut-être la mer […]
Imaginer une porte en bois
hissée bleue sur les marches
Aucun mur n’est bâti autour
ni alentour

C’est une chose heureuse

Habiter le seuil d’une porte ouverte
adossée à la lumière »

Mais « habiter le seuil », ce n’est pas se tenir à la marge du monde, en lisière du temps et des choses, c’est seulement faire le choix d’assumer que l’on est toujours de passage, dans le Temps sans limites du Monde comme dans les lieux de la Terre, en halte provisoire et en continuel cheminement vers ce qui nous appelle, nous attend, plus loin, « ailleurs », et de se définir dans « l’être-ici » comme en durable transhumance.
Mais pour l’auteure de ces poèmes, imaginer une maison sans murs, qui a toujours sa « porte  ouverte », c’est aussi refuser l’idée de se laisser emprisonner dans un quelconque lieu (fût-il « heureux ») quand on sait que l’on est condamné(e) à un perpétuel exil, et que d’un « nulle part » on peut faire autant un « partout ».

« Je n’ai que l’embarras du choix de mes rivages », écrit Colette Daviles-Estinès, ou encore, malgré le retour au lieu des origines, « Où ne pas être l’étrangère ? »
Et c’est ce sentiment d’exil qui traverse tout ce recueil, à l’œuvre de manière récurrente dans les titres (Racines, Exil, Un retour étranger, Aller, Tram away, Cicatrice, Dérive, Allant vers, Transhumance, Au large de, pour n’en citer que quelques-uns) comme dans les textes eux-mêmes. Ainsi peut-on lire ces mots, dans le premier d’entre eux :

« Je voudrais arriver.
Je voudrais être de retour
quelque part
rien qu’une fois. » (Racines)
Ou ceux-là, qui ne sauraient être plus explicites :
« Je sais d’où je viens
Je suis d’Expatrie » (Mon pays)
Ou encore ceux-là, que l’on trouve à la fin de l’ouvrage :
« Ce que dépayser veut dire » (Revenir)

Ce sentiment du « déracinement » est moins d’ailleurs celui d’une souffrance explicitement exprimée, qu’une nostalgie lancinante des « racines désenlisées » qui « cherchent fleuve tranquille pour y flotter. » Une douleur existentielle qui, travaillant à « exhumer ce qui n’est pas », le convertit en oraison au monde, en ode au « pan de jour » que le soleil embrase, aux mouettes qui, « comme des frondes / tournoient leurs cris poivrés », ou à « la lumière des blés ».
Et il faut croire que la poésie est quelquefois remède au métier d’exister. Qu’elle peut être le pays où le déraciné, s’arrimant aux mots du langage, y trouve les outils pour assurer sa quille et sa ligne de flottaison. La dérive devient alors dans les eaux du poème, « allant vers et autres escales », ce qui révèle de l’endroit (que l’on peut entendre à la fois comme lieu de transposition d’un intime tourment et remise en place des choses) où l’on se donne le devoir d’aller « pour se tenir au large », c’est-à-dire loin de ces rives où, comme l’a écrit Rimbaud, « on ne peut, sur son front, qu’essuyer la suie des jours sombres. »

Les mots de la poésie de Colette Daviles-Estinès sont ceux de ce chemin qu’elle suit en silence, un silence où l’on voit que « quelque chose pourtant est en train de se faire. » Et si elle-même se demande ce qui se joue dans la lumière, « c’est lourd, c’est léger – je ne sais pas », nous savons, à la lire, que c’est vers la légèreté de l’âme que ses pas cherchent à la conduire, en tous les cas vers quelque chose qui nous allège aussi de notre pesanteur de vivre, et qui est « comme recueilli ».
Nous avons bien saisi ce mot dans son acception de « recueillement », mais si l’on veut, ici encore, jouer avec les mots, nous pouvons redonner tout son sens aux termes de « recueil de poésies », puisque celui-ci est un livre où tout ce que l’auteure avait de plus sensible et de plus précieux à transmettre y a, en effet, été « recueilli ». Il ne nous reste qu’à la recevoir avec toute l’attention nécessaire à ce qui nous est offert en partage.

Michel Diaz, 03.10.2016

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