Tu viens de là – Teo Libardo

Tu viens de là

Teo Libardo

Editions Musimot (2022)

Lecture de Michel Diaz, publiée in Diérèse N° 86 (hiver 2023)

     On peut lire, lire et relire la dernière publication de Teo Libardo, « Tu viens de là », sûr de ne pas parvenir à en épuiser le dense contenu. Et on peut en revenir passablement ébranlé.

     Pourtant très écrit et rigoureusement composé, ce texte jaillit et file tout du long, d’un seul tenant, comme une coulée de lave dans son lit. Réclamant, comme c’est toujours le cas avec la poésie de Teo Libardo, d’être mis en bouche et en voix, y prenant une force accrue, puisque la poésie est avant tout effet de sens, remuement de langue, affaire de musique, de sonorités, de mouvement, de rythme, de couleurs, d’émotions.

     Ce poème, c’est le round d’un combat de boxe. Son auteur me pardonnera sans doute cette comparaison, étonnante et peut-être irrecevable, mais c’est celle qui a fini par s’imposer, la plus juste pour traduire mes impressions de lecture.

     Ce texte, on y danse, d’un pas de côté, de l’autre, on y saute d’un vers à l’autre, on y perd son souffle et on le récupère d’une image à l’autre, on y cogne dans les mots, on en prend plein la figure, on y perd l’équilibre, on y vacille, on y vertige, on y crochette et upercute.

     C’est un round de boxe à mains nues, sans inutiles sentiments ni attermoiements, sans triche possible. Mots et images que le poète va chercher profond, comme au fond des ressources, ramène pour les balancer comme on jouerait de l’essentiel, presque de sa survie.

     Images fulgurantes, parfois contradictoires qui se heurtent de l’une à l’autre, font nœud pour s’accomplir plus loin comme tombe un rai de lumière. Oui, ça boxe, ça frappe, « toi », « elle », mais à coup sûr l’auteur, contre l’ombre, la nuit, la mort, le néant, les chagrins, les douleurs, les incertitudes, l’asphyxie de la vie et « l’accroc des jours ». Oui, ça vient de là, de la blessure originelle aussi et de sa déchirure, de la nostalgie des eaux-mères, de « cette entaille / de ce vertige », de tout ce contre quoi il faut réussir à exister. Au prix de quoi « l’inquiétude est sommée de décamper », au prix de quoi, contre la détresse, se gagnent quelque lueur, bonheur d’être, plaisir et espérance, surprise d’un « printemps insu », « suave et somnolent », « flâneries magiciennes », apaisement et renouveau, « un peu d’azur sur la terre », « un peu d’éden dans ce jardin », quelques respirations heureuses, le ravissement de l’aube. Au prix aussi de quoi se gagnent « le songe, le simple, l’imperceptible », comme « le profond, le caché, l’insondable »…

     Si cela ne doit pas être aussi, sous la plume de certains poètes, un combat de tout l’être et de la parole contre tout le noir qui nous cerne et celui qui du dedans nous assaille, je ne sais plus à quoi peut servir la poésie. 

     C’est là un très beau texte, pas facile et sans doute perturbant pour qui le lirait comme il se doit, mais qui témoigne que la poésie demeure l’essentiel de ce qui nous aide à vivre et à penser, non seulement à notre relation à nous-même et au monde, mais aussi à notre incertaine place sur la terre des hommes.

Michel Diaz, 29/09/2022

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