Quelque part la lumière pleut, lecture de Bernard Fournier

Michel Diaz, Quelque part la lumière pleut, éditions Alcyone, avec une encre de Sylvaine Arabo, 2022.

Note de lecture publiée dans Poésie/première N° ……

C’est avec une grande délectation que nous avons lu ce nouveau recueil de l’auteur du Verger abandonné, Prix Aliénor 2021. On avait bien vu dans le personnage d’Ulysse une image en creux du poète ; cette fois il parle en son nom, même s’il alterne les « je » et les « tu ». Il parle en marchant, nous convie au « nœud coulant de [s]es questions », ses doutes, plus rarement ses certitudes, sauf peut-être celle du langage : « l’acte du faire -ce qu’on appelle poésie -patauge dans les choses et la boue les plus concrètes de la vie » pour « tendre vers la beauté », comme sa phrase, simple, en prise avec le quotidien, rythmée, illuminée de métaphores.

Dans la première partie, le poète est pris dans l’« absurde conjoncture qu’est le fait d’être né » qui va de pair avec une grande nostalgie de la « quiétude originelle » qui contraste avec la dédicace à « Suzanne, ma mère » pour qui il écrit un poème très sensible : « Je la regardais s’en aller » « et j’ai jeté la clé qui s’est noyée au fond d’une larme salée »

Le poète marche et veut « S’essayer à vivre plus loin », titre de la deuxième partie, c’est-à-dire à « s’en tenir à la terre comme on lève un feu » pour survivre « à la plaie vive des incertitudes »

« travailler à l’offrande », la dernière partie, se veut plus optimiste : « tant que nous aiderons chaque matin à signer son envol d’une humble obole de lumière » pour une renaissance dans le « difficile effort de naître ». « offrande (…) pour ouvrir son nom à un pays qu’on ne saura jamais, qu’on devine là-bas, au bout de la parole ». La poésie avec « un mot, un seul, imprononçé, celui-ci ou un autre, mais qui, dans son silence, chaque fois, réengendre le monde ».

Ce livre s’organise autour de la figure de l’éditrice, dédicataire, qui l’orne, lui donne son titre, et dont on peut lire un de ses poème en exergue. S’instaure aussi un fructueux dialogue avec d’autres poètes.

Bernard Fournier

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