Note de lecture de Marie-Christine Guidon
PLUS RIEN QUE LE BLANC DANS LA NUIT
de Michel DIAZ
Linogravures de Pierre Jourde
« parfois, lorsque la lampe est allumée et qu’advient l’écriture, la maison devient phare, porteuse d’images de mer, soumise à l’incessant charroi des vagues »… c’est par ces mots que débute l’hommage en prose poétique de Michel Diaz à « L’ami Julien Bosc, poète et éditeur, né en 1964 et mort le 24 septembre 2018 ».
Michel Diaz prête sa plume pour prolonger celle de l’ami qui n’est plus là « il dit je sais je crois j’espère » « je ne suis que ce cœur qui coule, ne surnageant qu’entre les doigts de la lampe ». On mesure tout le combat d’un homme « dans la nuit qui nage s’engloutit resurgit », qui tente de ne pas sombrer, émergeant tel un « rocher solitaire » que guette le « tourment de la vague ». Il implore un salut, ne sachant plus de quel côté l’espérer « je ne tolère plus une lutte qui s’annulerait avant terme ».
À marcher sur un chemin de lucidité crue, « on se cogne à sa solitude, on bute sur ses pierres mortes, on s’écorche aux ronces, et le but à mesure s’éloigne ». Chaque tentative d’approcher un possible horizon semble vaine. Toute lueur qui permet de guider les pas devenus incertains, se révèle bienvenue. Trouver encore du sens dans ce rien de souffle qui subsiste, « continuer d’avancer, poursuivre le chemin », même si les repères familiers, d’ordinaire si bien dessinés deviennent « pays d’indécises clartés », « ruines sur lesquelles on marche, comme l’on marche sur les bords du monde », frontière entre le présent et l’inconnu, « hasardeuse traversée » qui donne à imaginer parfois quelques éphémères éclaircies, des « miracles de fleurs ».
Du passage, dont le mystère nous échappe, demeurera la trace, dans le poème peut-être, dans le non dit, dans le silence et « par-delà le silence même ». Plus rien que le blanc dans la nuit devient écho de ce qu’il reste quand les mots ne suffisent plus à exprimer l’essentiel. La nuit devient page blanche, expérience presque mystique, mise à nu sans aucun fard… Michel Diaz, de son verbe poignant, « fait corps avec la nuit, une nuit qui, clarté dense dans l’insomnie » nous ouvre « une autre dimension du monde » à laquelle on consent si l’on côtoie l’obscur, conscient de la réalité humainement nôtre et qui conduit inéluctablement à glisser vers l’ultime silence « dans le vide du temps comme une plume libérée des ailes d’un oiseau ».
Dans l’étrange silence, malgré l’obscurité qui s’installe, « l’on devine la forme estompée de ce qui peut n’être qu’un cri ». L’écriture, demeure alors cette « langue à hauteur d’effroi » et le poème continue d’exister, précieuse veilleuse pour ne pas se perdre sur le chemin de « l’imprévisible au-delà »…
Nous pourrions dire une forêt
Ou le bord de la mer
Ou la mer
Ou la nuit de la mer la nuit de la forêt
Ou les mois sans pluie les feuilles sèches sous les pieds
Ou les brisures de coquillages
Ou rien
Ou cette porte repeinte couleur ciel quand il est à l’orage
Ou n’être plus là
Ou plus rien plus un mot plus rien que le blanc dans la nuit.
Julien Bosc, Le coucou chante contre mon cœur
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Marie-Christine GUIDON
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