Francis Bacon, le lieu du visage, lecture de Jean-Pierre Boulic, note de lecture publiée in Poésie sur Seine N° 115
Michel DIAZ
Francis Bacon – le lieu du visage
Encres Vives n°552
Inspiré, dit-il, par un autoportrait du peintre Francis Bacon, Michel Diaz nous livre un court poème de haute couleur en douze séquences d’une prose poétique dont la force surprend le lecteur. Toujours en restant à hauteur d’homme. Et avec dignité.
Le nouveau recueil que nous confie le poète tourangeau oblige dès l’abord à mettre les certitudes au placard, à se livrer à l’inachevé, dans quoi nous cheminons ; à accepter l’éternelle incertitude que dévoile le lieu du visage de toute existence, noirci de ses tourments, chargé d’une lourde part d’inconnaissable.
Avec le rythme qui lui est propre, la densité des mots de sa marque, Michel Diaz s’évertue alors à tracer de ce lieu unique le questionnement, l’attente, la douleur, le désir, l’absence de parole, la blessure. Or, dans « Totalité et Infini », Emmanuel Lévinas dit que « ce qui est spécifiquement visage, c’est ce qui ne s’y réduit pas ».
Et l’autre, dont le regard approche la débâcle, entend aussi son propre supplice sans qu’il puisse franchir cette frontière en dents d’acier qui déchire.
Ce visage, ces visages sont pourtant présence énigmatique, certes, de l’humanité. Le poète s’interroge profondément sur sa condition, y cherche des raisons parmi la confusion, affirme que l’Homme a les yeux remplis de Nuit et que ses traits sont inexorablement enfouis sous un chaos primitif.
Cependant, dans cette situation, une échancrure de clarté peut-elle enjoindre de nous tenir debout ? La réponse semble se dessiner dans la nécessité de se déjouer de l’absence ou du vide, de franchir le passage du désert vers Soi, vers l’Autre, qui n’est en fait que le chemin de vie qui s’abreuve à l’autel silencieux de l’amour et de la bonté.
L’exercice n’avait rien d’évident. Et il est réussi. Michel Diaz livre ici une œuvre qui cherche une patiente réponse à ses permanentes interrogations. Elle offre aussi au lecteur un cheminement tout en étant aussi une réflexion sur l’art. Enfin l’on pourrait peut-être dire qu’il s’agit ni plus ni moins que de voir et de s’effacer.
Jean-Pierre Boulic