Préface à Offrandes – Daniel Leuwers

Préface de Daniel Leuwers à « Offrandes », ouvrage accompagné de reproductions des peintures d’Olivia Rolde (en projet de publication chez Thi Lùu éditions, septembre 2020)

OFFRANDES ET CONTRE-OFFRANDES

Olivia Rolde est peintre. Elle tend au poète Michel Diaz un large éventail de tableaux, comme des « offrandes » dont l’écriture va se faire le réflexif écho. C’est donc offrandes et contre-offrandes sous le signe du « Ecrire, peindre » qui sert de titre au long poème accompagnateur.

Michel Diaz écrit certes sur les peintures d’Olivia Rolde, mais il écrit surtout à partir d’elles et pour elles.

C’est sa façon à lui d’

« entrer dans ce territoire

de l’incertain où règne

le silence ».

C’est sa façon de se familiariser avec les « rameaux convulsifs », les « miroitements d’étangs éblouis de clarté », les « éclairs calligraphiques de moellons muets et de remparts aveugles » dont cette peinture est criblée.

Michel Diaz voit beaucoup de choses dans des toiles qui ne se veulent pas figuratives. C’est qu’il aime « aller fureter derrière ce que cache la vue » – et c’est là qu’il surprend

« ces cicatrices éphémères

qui inventent nos rêves

embaument les couleurs du temps ».

Le poète sent que l’artiste « va dans sa nuit / chercher un destin inconscient » – et il la suit sur ce chemin où elle a l’art de

« regarder

le plus proche

pour surprendre le lointain ».

Michel Diaz participe du même élan, avide de questionner une présence qui l’entraîne toujours vers un « arrière-pays », pour reprendre un terme familier d’Yves Bonnefoy. Michel Diaz aime partir du réel prégnant pour mieux traquer ce qu’il appelle « l’arrière-pays des brumes », dans un mouvement qui s’apparente à une « plongée » qui nous arrache à « l’ensommeillement ».

Le partage esthétique se fait toujours « dans l’éclat de la stupeur ».

Une toile d’Olivia Rolde s’intitule « Equilibre », et le poème de Michel Diaz obéit au souci d’atteindre aussi à une forme d’équilibre

« comme une bougie

chancelante au bout d’un long combat

se repeint un visage de fugace sagesse

et pactise avec la pénombre ».

L’art culmine souvent au terme d’ « un long combat » qu’il a le don de dissimuler dans une secrète pénombre où il se trouve soudain à même de gratter le ciel, d’y déceler les graines de l’orage.

Les toiles d’Olivia Rolde participent d’une approche tellurique qui embrasse et embrase le monde, mais elles recourent , dans le même temps, à une saisie très ténue du réel réduit à quelques fines attaches où la peintre puise le secret de ses incessants assemblages et de ses émouvants tressages.

Pour souligner ces chevauchements où la rétine s’efface au profit de l’élaboration d’un paysage mental, le poète écrit :

« tout s’érode

se dérobe

et de nouveau se brode ».

Qu’une toile d’Olivia Rolde porte le titre d’ « Energie de la mélancolie » montre bien que le combat pictural, à l’instar de celui du poète, peut aller jusqu’aux confins de la perte pour se réapproprier la vraie vie, son lieu, sa formule, tout en offrandes et contre-offrandes.

Daniel Leuwers

Daniel Leuwers a été professeur de littérature à l’université François-Rabelais de Tours. Auteur de récits, essayiste et poète, il est l’initiateur du concept de livre pauvre. Il a publié de nombreuses critiques pour la revue Europe et est membre de l’académie Mallarmé.

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