Francis Bacon, le lieu du visage

Lecture de Elisabeth Beyrie-Soulassol; note de lecture publiée in le site Sitaudis (21 juillet 2025)

Michel Diaz, Francis Bacon – le lieu du visage par Élisabeth Beyrie-Soulassol


Le recueil de douze poèmes de Michel Diaz commence comme une provocation,
reprenant en le déviant – ou en le suivant ? – de sa route biblique, le début de
l’Évangile de Jean : « Au commencement n’était pas le Verbe, mais le Visage ».
En effet, il s’agit bien de commencer l’aventure poétique par l’étude du lieu du
visage, celui de Francis Bacon, qui, dans un autoportrait, se peint tel qu’il se voit
de l’intérieur. Visage « Qui, déjà contenait sa fin. Et, entre deux, l’inachevé dans
quoi nous cheminons ». Le Visage nous appelle « Mais répondre à l’appel, aller
vers l’Autre, son visage, est chemin de neige et de brume, de sable et de boue.
Comme venir du sien au nôtre est mêmement chemin de tâtonnement et
d’éternelle incertitude. // Et entre deux, l’épreuve capitale du dévoilement » à
l’instar du texte de l’Apocalypse de Jean.
C’est par ces premiers mots que le poète nous entraîne à regarder et pénétrer
dans le lieu de ce visage et à le suivre dans une sorte de chemin de croix, de
déchiffrement de la douleur composé de douze poèmes/stations en prose.
Ce visage « captif de la geôle de ses tourments » est surtout « un couteau planté
au cœur de nos questions ». Ce visage de douleur, de lèvres calcinées et fermées,
retient l’irrépressible cri, quelque chose à dire, mais on n’entend que du silence.
Mais si les lèvres sont fermées, par les brèches ouvertes, l’injonction se fait jour,
celle de pénétrer dans le sommeil de notre propre mémoire, de boire aux sources
de ce silence malgré les frontières infranchissables « aux dents d’acier »,
d’entrer dans un monde intérieur apocalyptique, aller jusqu’à l’étouffement.
Puis, le regard nous appelle. Notre humanité est en perpétuelle souffrance. Est
ce « une faute ancienne, une déchéance génétiquement provoquée », « une
promesse d’extinction » ? L’homme aurait-il « les yeux remplis de Nuit » ? Ce
visage/masque, « noire énigme qui nous tient lieu de nom » est aussi le « juste
miroir de nous-mêmes », notre image. Cette « embrasure de parole nue » nous
« enjoint de nous tenir debout ». Il existe. Il est là. Comment le toucher, qui est
il ? Qui suis-je ? « Entre nous deux s’étend un si vaste désert de silence et de
solitude ! » Mais il ne faut pas laisser le désespoir nous envahir, car il y a des
traces, des voix. Pour écouter ce que ce visage veut dire, il faut « quitter le lieu
connu. » Est-il « visage du Rien. Ou de tous les visages des Autres, rassemblés
en un seul » ? N’est-ce pas le mien ? « perdu et retrouvé. Ou entraperçu
seulement…Indéfiniment retrouvé. Et indéfiniment perdu. Et indéfiniment
sauvé ». Ce visage est-il une trace humaine ou divine ?
Suivant le poète, « sur l’autel silencieux de l’amour et de la bonté », regardons
ce visage au « regard insaisissable » :
qui en nous, déchire en même temps ce qu’il éclaire :
l’insoutenable permission de contempler, entre extase et bonheur, ce
Visage qui n’apparaît que dans le plus profond du noir et dans la souveraineté
de la plus aveuglante lumière.
Car le chemin vers l’autre n’est que chemin de vie.


Le commentaire de sitaudis.fr
Interprétation au crayon d’un autoportrait de Francis Bacon par Catherine
Bruneau
Encres Vives n°552, 2025
20 p.
6,60 €

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